—Caballero, dit-il sèchement, vos façons de converser ont le privilège de m'agacer extraordinairement les nerfs; la patience n'est point comptée au nombre de mes qualités; je n'aime pas les railleurs, à quelque classe de la société qu'ils appartiennent. Peu m'importe comment vous êtes parvenu à savoir mon nom, qui, d'ailleurs, jouit, je m'en flatte, d'une certaine célébrité; mais il y a un fait qui, pour moi, est positif, c'est que je n'ai point l'honneur de vous connaître et par conséquent rien à vous dire et rien à écouter de vous; donc, je vous prie de me laisser tranquille et d'aller à vos affaires sans vous occuper des miennes, qui ne vous regardent aucunement.
—Eh bien! voilà le malheur, cher señor Matadiez, reprit l'autre sans quitter cette intonation railleuse qui avait le privilège de si fort agacer le Mexicain, c'est qu'au contraire vos affaires me regardent non seulement beaucoup, mais qu'en ce moment elles sont les miennes.
—Ah! par exemple! s'écria le Mexicain.
—Du calme, mon maître, interrompit l'autre en riant; vous ne tarderez pas à me comprendre; ne vous ai-je pas dit que je vous cherchais?
—En effet, mais je n'en ai pas cru un mot.
—Vous avez eu tort, car c'est la vérité. Puis changeant de ton subitement: Pardieu, cher señor Matadiez, il faut avouer que vous avez la mémoire bien courte; prenez garde, c'est un grand malheur en affaires que je manque de mémoire.
—Allons, il paraît que les énigmes vont recommencer, fit le Mexicain avec résignation.
—Pas le moins du monde, je m'explique, au contraire.
—Dieu le veuille!
—Écoutez-moi avec attention.