—Quel est votre projet? murmura-t-elle d'une voix languissante.
—Je veux vous sauver, señorita, répondit-il avec énergie, et je vous répète que je vous sauverai! Quant aux moyens que j'emploierai pour réussir, je l'ignore encore, mon cœur est bourrelé, je cherche en vain une idée raisonnable, mais ayez confiance en moi.
—Eh bien soit; je me fie à vous, mon ami; d'ailleurs, n'êtes-vous pas la seule personne qui paraissez vous intéresser à ma douleur; j'accepte le dévouement que vous m'offrez.
—Merci, señorita, répondit le Mexicain avec émotion; je saurai vous prouver que je suis digne de votre confiance.
—Que faut-il faire?
—Rien, en ce moment; la partie est perdue pour vous. Nous allons en engager une seconde, et celle-là, croyez-le bien, nous la gagnerons, quoi qu'il arrive; feignez d'être résignée à votre sort, essuyez vos larmes, ne montrez aucune faiblesse, suivez sans observation cet homme où il lui plaira de vous conduire; essayer de lutter contre lui serait tout perdre; s'il vous est possible de surmonter votre juste indignation contre votre ennemi, parlez-lui doucement et sans amertume.
—J'essaierai de me conformer à vos recommandations, mon ami; mais cela me sera bien difficile.
—Il le faut cependant, señorita; il est de la plus haute importance pour vous de le tromper en lui donnant le change sur vos intentions et en lui laissant supposer que vous renoncez à lutter plus longtemps contre lui.
—Hélas! murmura-t-elle douloureusement.
—De plus, quoi que vous me voyiez faire ou m'entendiez dire, ne vous étonnez pas, et surtout ne soupçonnez point mon dévouement; si je demeure près de vous, ce qui est possible, mais ce que je tâcherai d'éviter, traitez-moi avec dureté, feignez surtout pour moi la plus grande répulsion; il ne faut pas qu'on puisse soupçonner la plus légère entente entre nous; je passe auprès de votre cousin pour vous avoir enlevée à votre père, et cela d'après les ordres qu'il m'a donnés lui-même à Potosí; donc, je suis et dois être votre ennemi.