Les colonnes nombreuses se déployèrent et prirent position de manière à enserrer complètement l'armée américaine, excepté du côté des hauts pitons de la Sierra Madre, dont les pentes avaient été reconnues infranchissables.
La situation du général Taylor se trouvait être ainsi, en apparence du moins, excessivement critique, puisque avec moins de cinq mille hommes, dont un tiers au plus de soldats aguerris au rude métier des armes, il se voyait tout à coup enveloppé par plus de vingt mille Mexicains commandés par le président de la République en personne, et qui, placés ainsi sous les yeux d'un chef qu'ils idolâtraient, feraient sans doute bravement leur devoir.
Lorsque l'armée mexicaine eut été placée en bataille et que ses profondes colonnes d'attaque furent arrivées à deux portées de fusil au plus des lignes américaines, un officier supérieur se détacha du groupe de l'état-major mexicain, et, précédé d'un trompette tenant en main un drapeau blanc, il s'avança au trot vers les avant-postes américains.
Cet officier était le général Ampudia, envoyé en parlementaire au général Taylor, et porteur d'une lettre de Santa-Anna pour le commandant en chef des forces américaines.
Le général Ampudia fut reçu avec courtoisie par l'officier commandant les avant-postes, et après qu'on lui eut bandé les yeux, suivant les usages de la guerre, il fut, sur sa demande, conduit au quartier général.
Le général Taylor, après avoir pris ses dernières mesures pour la bataille, se préparait à monter à cheval pour aller se placer à la tête de ses troupes au moment où le général Ampudia arriva à l'hacienda de Buena Vista.
Le général américain ordonna que le parlementaire fût introduit dans la salle du conseil, où il le précéda après avoir expédié des aides de camp à ses officiers supérieurs pour leur donner l'ordre de se rendre auprès de lui.
Dès qu'il fut entré dans la salle du conseil, le commandant américain ordonna qu'on enlevât le bandeau qui aveuglait le parlementaire, et le saluant avec une exquise politesse:
—Qui ai-je l'honneur de recevoir, Monsieur? lui demanda-t-il.
—Général, répondit-il avec non moins de courtoisie, je suis le général Ampudia.