—Son Excellence le président de la République mexicaine ne pouvait choisir, pour intermédiaire entre lui et moi, un officier qui fût plus digne de le représenter; j'ai l'honneur de connaître depuis longtemps déjà votre Seigneurie de réputation, général.
—Votre Excellence me rend confus, général, un tel éloge dans votre bouche est sans prix à mes yeux.
Cependant les officiers américains arrivaient les uns après les autres; bientôt ils furent tous réunis dans la salle du conseil.
—Messieurs, le général Ampudia, un des plus brillants officiers de l'armée mexicaine, dit le général Taylor en présentant le parlementaire à son état-major.
Les officiers américains s'inclinèrent poliment.
—Son Excellence le président de la République mexicaine, continua le général Taylor, avant d'attaquer nos lignes, a jugé convenable de nous adresser le général Ampudia. Sa Seigneurie a, m'a-t-on dit, de graves communications à nous faire; veuillez, messieurs, écouter attentivement ces communications. Général, ajouta-t-il en saluant le général Ampudia, veuillez nous expliquer la mission dont vous êtes chargé près de moi, nous vous écoutons. Et, d'un geste qui compléta sa pensée, il montra ses officiers groupés autour de lui.
Le général Ampudia salua profondément et, mis ainsi en demeure, il prit la parole.
—Général, dit-il, je vous supplie de pardonner ce qu'il y aura, à mon insu, d'un peu dur dans mes paroles, je ne fais que vous transmettre la pensée de mon chef et ne suis par conséquent qu'un écho.
—Parlez sans détour, général, quoi que vous ayez à nous dire, nous saurons l'entendre, répondit en souriant le général Taylor.
—Général, reprit après s'être incliné le général Ampudia, Son Excellence le général don Antonio López de Santa-Anna, président de la République mexicaine, me charge de vous dire, à vous, commandant des forces des États-Unis, que, sans motifs plausibles, sans casus belli reconnu, vous avez indûment envahi les frontières de la République, brûlé les villages, détruit les moissons, tué les paysans sans défense, enfin causé au Mexique tous les maux que la guerre traîne à sa suite, et cela sans que le gouvernement de la République se soit rendu coupable d'aucune offense contre vos nationaux ou leurs propriétés; le président dispose de forces imposantes, ces forces, qui vous entourent et vous cernent de toutes parts, sont en mesure de vous écraser. Cependant, désireux d'éviter s'il est possible l'effusion du sang mexicain, qui n'a déjà que trop coulé dans cette agression injuste d'une puissance étrangère, qui prétend par la force s'imposer dans notre pays et nous dicter des lois, droit que nous ne reconnaissons à personne au monde, et est en dehors du droit des gens et des nations civilisées, Son Excellence le président de la République mexicaine, dis-je, voulant user de clémence, consent à ne pas vous écraser et à vous laisser sortir de la mauvaise position dans laquelle vous êtes placé et qu'il vous est impossible de défendre avec la poignée d'hommes dont vous disposez, à la condition expresse que vous mettrez à l'instant bas les armes, et que vous vous rendrez à sa merci; vos troupes ne seront point considérées comme prisonnières de guerre, elles rentreront par étapes dans leur pays, sous l'escorte de soldats mexicains; vos officiers conserveront seuls leurs armes.