—Est-ce tout, général? demanda le général Taylor, toujours souriant.
—Je n'ai plus que quelques mots à ajouter, général.
—Fort bien; continuez.
—Cette mission, dont Son Excellence le président m'a fait l'honneur de me charger, je l'ai accomplie, je crois, telle que me l'ordonnait mon devoir de soldat; mais, ne voulant pas assumer sur moi seul la responsabilité de faits qui n'ont pas entièrement mon approbation, j'ai prié Son Excellence de mettre par écrit les conditions qu'il vous propose par ma bouche; Son Excellence a daigné consentir à rédiger une sommation, et cette sommation, j'ai l'honneur de la remettre entre vos mains.
Il retira alors un large pli cacheté de son uniforme et le présenta au général.
Il avait fallu tout le respect qu'ils avaient pour leur chef et la puissance de volonté qu'ils possédaient sur eux-mêmes pour que les officiers américains eussent écouté, sans l'interrompre à chaque mot, la hautaine sommation du président Santa-Anna.
Le général Taylor seul était demeuré calme et souriant. Il prit des mains du général Ampudia le pli que celui-ci lui présentait, et, sans même jeter les yeux sur la suscription, il le déchira et en laissa tomber les morceaux à ses pieds.
Un murmure d'admiration parcourut comme une commotion électrique les rangs des officiers auxquels en ce moment venait de se joindre M. de Clairfontaine, aux côtés duquel se tenait don Pablo de Zúñiga, assez gêné de se voir ainsi sans autorisation mêlé à un conseil de guerre. Le général Ampudia échangea un sourire amical avec don Pablo, lui fit signe d'approcher et le présenta au général Taylor, à qui il dit en deux mots quel était son rang dans l'armée mexicaine.
—Je suis heureux de l'arrivée du colonel de Zúñiga, répondit le général; qu'il demeure parmi nous; il ne saurait y avoir trop de personnes présentes pour entendre la réponse que je vais faire à la sommation de S. Exc. le président de la République mexicaine.
Don Pablo s'inclina respectueusement et se plaça auprès du général Ampudia.