—Señor don Pablo, je savais votre présence au camp, dit-il; si je n'ai témoigné aucune surprise en vous voyant dans cette salle, c'est que je savais déjà le motif sacré qui vous amenait parmi nous. Un de mes officiers a failli, señor; il ne s'est pas conduit en gentleman, mais il réparera, je l'espère, sa faute pendant la bataille qui va se livrer.
Les deux officiers mexicains, pas plus que M. de Clairfontaine, ne comprenaient rien aux paroles si obscures du général. Il posa le doigt sur le timbre, un soldat parut.
—Faites entrer la jeune dame, dit-il. Au bout d'un instant, miss Anna entra. Elle était pâle et tremblante.
—Rassurez-vous, madame, lui dit le général en la conduisant à un fauteuil; vous avez réclamé ma protection, elle vous est acquise; général Ampudia, le père de cette jeune dame se trouve dans votre armée, voulez-vous la conduire à son père?
—Je serai heureux d'accomplir cette mission de confiance, général.
—Merci. Et, s'adressant à M. de Clairfontaine qui, le visage pâle, les traits contractés, voulait prendre la parole pour essayer peut-être de se disculper: Pas un mot, Monsieur, lui dit-il durement, pas un geste, je sais tout; votre conduite est inqualifiable, il ne vous reste plus qu'à vous faire tuer.
—Oh! oui, s'écria le jeune homme avec rage, la mort plutôt qu'une telle honte!
Et il s'élança vers la porte. Don Pablo l'arrêta.
—Souvenez-vous de votre parole? lui dit-il.
Il le regarda d'un air égaré et se précipita dehors sans répondre.