—Laissez-le sortir, dit le général à don Pablo d'une voix douce et affectueuse qui tranchait avec le ton que jusqu'à ce moment il avait affecté; le malheureux est fou; vous n'avez rien à réapprendre, don Pablo; pardonnez à cet homme, le mal qu'il a voulu faire retombe sur lui. Et se tournant vers la jeune fille:

—Madame, lui dit-il, je vous remercie de la confiance que vous avez mise en moi; maintenant, adieu, messieurs; quoi qu'il arrive, si je ne puis être votre ami, je serai votre serviteur; señorita, je vous guiderai moi-même jusqu'aux avant-postes.

On quitta l'hacienda; quelques minutes plus tard miss Anna et les deux officiers mexicains dépassaient les lignes américaines et prenaient congé du général Taylor, non point comme d'un ennemi, mais au contraire comme du plus affectueux ami, malgré ce qu'il avait cru devoir leur dire.

Nous ne dirons rien de la réunion du père et de la fille: il y a des élans du cœur qu'on ne saurait raconter.

Don Pablo exigea que miss Anna et M. Prescott se retirassent sur les derrières de l'armée: il prévoyait que la bataille serait rude et ne voulait pas qu'ils fussent exposés aux coups de l'ennemi. A deux heures de l'après-dînée, la bataille s'engagea. Les Mexicains tirèrent les premiers coups de canon.

Cette bataille fut nommée: Bataille de Buena Vista. Nous n'en ferons qu'un récit sommaire. La lutte fut sanglante et acharnée pendant, toute la journée, surtout sur l'aile gauche des Américains, que le général Ampudia, soutenu par les rancheros de don Pablo, attaquait avec des forces considérables.

Vers le soir les Mexicains demeuraient maîtres des hauteurs sur le flanc gauche de la position; la nuit seule fit cesser le carnage et sépara les combattants.

Les deux armées, attendant le lever du soleil pour reprendre le combat, bivouaquèrent en, présence l'une de l'autre. Par une fatalité étrange, malgré tous leurs efforts, don Pablo et M. de Clairfontaine, bien qu'ils eussent continuellement combattu en face l'un de l'autre pendant toute la journée, n'étaient point parvenus à se rencontrer.

Le lendemain, au petit point du jour, la bataille recommença toujours du côté de l'aile gauche, que Santa-Anna fit soutenir par une nouvelle division, pendant qu'une forte colonne, composée d'infanterie et de cavalerie ayant avec elle de l'artillerie, attaquait, mais sans succès, le centre de la position américaine.

Profitant du désordre causé dans les rangs des Américains par l'artillerie mexicaine et apercevant M. de Clairfontaine à la tête des volontaires, don Pablo poussa avec ses rancheros une si rude charge en avant que les volontaires, saisis d'une peur panique, se replièrent en désordre derrière la ferme de Buena Vista, cherchant dans les ravins un refuge contre le feu de l'ennemi.