—A moi, don Pablo; à moi, cria M. de Clairfontaine en s'élançant à la rencontre de son ennemi.
—Me voilà, répondit le jeune homme.
Le choc fut terrible entre les deux ennemis, mais soudain un flot de combattants se jeta entre eux et les sépara. Cette panique des volontaires faillit compromettre la journée, mais, sur l'ordre du général Taylor, une partie des troupes de l'aile droite vint les ramener au combat; alors, reprenant l'offensive et guidés par leur chef exaspéré de voir son ennemi lui échapper encore, ils s'élancèrent en avant et regagnèrent le terrain perdu.
Santa-Anna manœuvrait pour se prolonger sur les derrières de l'armée américaine, mais tout à coup il se trouva en présence des tirailleurs du Mississippi qui l'arrêtèrent net et le forcèrent à reculer.
La bataille était devenue générale, l'acharnement inouï. Des deux côtés on faisait des prodiges de valeur: c'était en vain que les Mexicains essayaient d'entamer le petit corps du général Taylor; ainsi qu'il l'avait juré, il demeurait ferme comme un mur de granit.
Les rancheros poussaient des charges désespérées, que les Américains repoussaient constamment.
Le président de la république, effrayé d'une résistance aussi héroïque, lui qui comptait sur une si facile victoire, résolut de tenter un effort suprême: réunissant toutes ses réserves il les engagea à la fois.
Cette attaque fut si vigoureusement exécutée que l'infanterie américaine fut forcée de se replier précipitamment en abandonnant trois pièces de canon.
Les rancheros s'élancèrent alors à sa poursuite, guidés par don Pablo; le combat s'engagea corps à corps et la mêlée devint horrible.
Mexicains et Américains savaient qu'ils jouaient la partie suprême de la journée, aussi leur acharnement était extrême. M. de Clairfontaine comprit qu'à cette heure allaient se décider les destinées de la bataille. Résolu à racheter par une mort héroïque les fautes qu'il avait commises, il réunit ses volontaires et exécutant un mouvement de flanc il se jeta à corps perdu sur les rancheros.