Ceux-ci soutinrent le choc en braves gens, sans être ébranlés, mais au même instant l'artillerie américaine les prit en écharpe et commença à creuser de profonds sillons dans leurs rangs; alors l'indécision se mit parmi eux.
Tout à coup don Pablo et son ennemi se trouvèrent face à face; comme d'un commun accord, ils se ruèrent l'arme haute l'un sur l'autre, les lèvres serrées et sans prononcer un mot; leurs sabres étincelèrent au-dessus de leur tête et s'abattirent en même temps. Chacun d'eux cherchait à tuer son adversaire sans songer à se défendre.
Don Pablo, grièvement blessé, chancela sur sa selle, perdit un étrier, et se renversa en arrière.
—Enfin, s'écria l'officier américain avec un ricanement de tigre, tu vas mourir! Elle ne sera ni à moi ni à toi... Tiens! je...
Il n'acheva pas. Au moment où il pointait son sabre pour achever son ennemi, il fut brusquement enlevé de son cheval par une secousse terrible et renversé sur le sol.
Un lasso s'était abattu sur ses épaules, s'était serré autour de son cou et l'étranglait. Vainement il essaya de couper le lasso, il fut emporté dans une course folle. Lorsque le cavalier qui l'emportait à sa suite s'arrêta enfin, le malheureux était mort; son cadavre, horriblement mutilé par les pierres sur lesquelles on l'avait traîné, était hideux à voir.
—Je ne sais pas si don Pablo en reviendra, dit Matadiez en coupant froidement le lasso qu'il avait si adroitement lancé; mais, quant à celui-ci, son compte est réglé désormais; miss Anna n'a plus rien à craindre de lui, j'ai tenu mon serment! Ah ça! pourvu que mes traites soient payées, maintenant qu'il est mort.
Après avoir prononcé cette singulière oraison funèbre, le bandit se rejeta dans la mêlée, dans le but de rechercher le corps de don Pablo.
Il le trouva, en effet, et sans prendre la peine de s'assurer si le ranchero était mort ou vivant, il le mit en travers sur le cou de son cheval et tourna bride sans plus songer à la bataille.
Du reste, elle était définitivement perdue pour les Mexicains; l'audacieuse offensive prise par M. de Clairfontaine, en permettant aux Américains de se reconnaître, leur avait rendu leur première ardeur; d'un autre côté, les rancheros, déjà démoralisés par l'attaque imprévue des volontaires en voyant tomber don Pablo, avaient perdu pied et avaient fini par fuir en désordre.