La situation se rembrunissait de plus en plus, elle devenait critique, une catastrophe était imminente, la vérité commençait à se faire jour et les bruits les plus sinistres circulaient sourdement dans la population.

Nous reprenons maintenant notre récit au point où nous l'avons abandonné, tout en nous excusant de cette courte digression politique indispensable du reste pour l'intelligence des faits qui vont suivre.

Les inconnus arrivaient un par un, deux par deux, parfois même trois par trois, si bien qu'au bout d'un quart d'heure à peine, la clairière se trouva remplie et que don Pablo se trouva enveloppé par la foule qui, cependant, laissait entre elle et lui un espace libre de quelque pieds, et qui semblait témoigner que, provisoirement du du moins, elle le reconnaissait pour son chef.

Quelques-uns des arrivants étaient venus serrer la main de don Pablo, et, après avoir échangé quelques paroles à voix basse avec lui, ils s'étaient rangés à ses côtés.

Le jeune homme demeurait toujours immobile et calme au milieu de la foule, que, par sa position, il dominait complètement; au bout de quelques instants, un individu se glissa au travers des rangs et annonça à voix haute que tout le monde était arrivé et qu'il était inutile d'attendre plus longtemps.

Don Pablo leva le bras droit au-dessus de sa tête; aussitôt les chuchotements cessèrent et un silence de mort régna dans cette clairière, où cependant une centaine d'individus au moins étaient réunis.

—Señores, dit alors don Pablo d'une voix forte et qui fut parfaitement entendue de tout le monde, laissez-moi d'abord vous donner quelques nouvelles toutes fraîches et qui, j'en suis convaincu, vous intéresseront.

—Parlez, parlez, s'écrièrent plusieurs voix.

—Écoutez avec attention, car la chose en vaut la peine, reprit le jeune homme; sachez que le général Castro, qui commandait à Puebla de los Ángeles, en apprenant la reddition de San Francisco et de Monterey aux Américains, reddition volontaire, je le constate, s'est enfui en Sonora sans oser combattre; la Californie a été aussitôt annexée aux États-Unis. Ce n'est pas tout, continua don Pablo de son accent le plus railleur, le général américain Kearney est entré sans coup férir à Santa Fe et a officiellement déclaré le Nouveau Mexique annexé aux États-Unis d'Amérique.

A cette seconde nouvelle, plus grave encore que la première, les clameurs et les vociférations redoublèrent, et pendant quelques instants un tumulte effroyable régna dans la clairière.