—Je n'ai pas fini, reprit le jeune homme d'une voix forte qui domina les cris de la foule. La capitale du Nuevo León, Monterey, cette ville si riche où commandait le général Ampudia, s'est rendue après quelques attaques vigoureuses, j'en conviens, au général américain Taylor.

A cette dernière révélation, la fureur fut à son comble; pendant plus d'une demi-heure, il fut presque impossible d'obtenir un instant de silence.

—Je vais vous donner d'autres nouvelles et plus fraîches, moi, s'écria un des assistants. Le président Paredes se prépare à marcher en personne contre les Américains. Il a remis ses pouvoirs entre les mains du général Bravo, vice-président de la république. Il doit quitter demain la capitale.

—Vos nouvelles sont de ce matin, interrompit vivement un second; en voici d'autres: le président ne part plus, du moins jusqu'à nouvel ordre; des troubles ont éclaté à Puebla, à Guanajuato et autres villes importantes; Paredes veut faire tête à l'orage.

—Vive Dios! interrompit en riant un des assistants, il a raison, n'est-il pas une muraille?

Ce jeu de mots essentiellement mexicain puisque Paredes en castillan signifie littéralement muraille, eut un succès fou.

—Canarios! si forte que soit cette muraille, s'écria un railleur, nous la démolirons!

—Oui! bien! bravo! s'écria-t-on de toutes parts. Les cris, les rires, les quolibets se croisèrent alors dans tous les sens sur le nom du président et celui du vice-président qui prêtait aussi au calembour, car les Mexicains sont surtout gouailleurs; le tapage devint épouvantable; cependant peu à peu l'effervescence se calma et le silence se rétablit à peu près. Don Pablo profita de cet instant de calme pour reprendre la parole.

—Le ministère s'est retiré, dit-il, nous sommes en complète anarchie; n'est-il pas honteux que. México seule, la capitale de la république, demeure silencieuse et indifférente lorsque toutes les provinces font des pronunciamientos et proclament la déchéance du président qui, par son incurie, est cause de l'humiliation de nos armes et des échecs constants qu'elles ont éprouvés. Il n'y a qu'un homme qui dans les circonstances critiques où nous nous trouvons, puisse nous sauver; cet homme est le général Santa-Anna, que vous avez exilé, et qui pourtant est prêt à revenir se mettre à votre tête pour délivrer la patrie du joug que les étrangers prétendent nous imposer.

Cette proposition du jeune homme fut accueillie avec enthousiasme par tous les assistants.