Un mois plus tard, Santa-Anna, que les croiseurs américains avaient courtoisement laissé passer, débarquait à la Veracruz et était reçu par les trépignements enthousiastes du peuple, qui voyait en lui le seul général capable par ses talents de résister avec avantage aux Américains.
[IV]
Tepatitlan.
Usant de notre droit de conteur, nous franchirons maintenant un espace de quelques mois, et abandonnant provisoirement le plateau d'Anahuac, nous prierons le lecteur de nous suivre dans l'État de Jalisco, où vont se dérouler plusieurs scènes importantes de notre histoire.
Le 5 janvier 1847, vers neuf heures du matin, une troupe composée d'une dizaine de cavaliers bien montés et surtout bien armés—car à cette époque les grandes routes de la République mexicaine étaient infestées de bandits de toutes sortes, déserteurs de l'armée pour la plupart—après avoir traversé à gué une petite rivière, affluent perdu et sans nom du Río Grande ou du Río Santiago, ainsi qu'on le nomme indifféremment, s'engagea d'une allure assez rapide sur la route qui conduit du pueblo de Zapatlanejo à Tepatitlan, autre pueblo situé à vingt-cinq lieues environ de Guadalajara.
Cette route, bien ombragée, serpente à travers une plaine fertile et bien cultivée, à l'extrémité de laquelle, du point que les voyageurs avaient atteint, ils pouvaient apercevoir, à demi-perdu dans les lointains bleuâtres de l'horizon, le charmant pueblo de Tepatitlan, construit au sommet d'une éminence complètement boisée, d'où ses blanches maisonnettes jaillissent pour ainsi dire comme du milieu d'un bouquet de fleurs.
Nous avons dit que les voyageurs étaient à peu près au nombre de dix. Huit d'entre eux étaient des domestiques indiens ou peones; des deux autres personnes, la première était une femme ou plutôt une jeune fille, et la seconde un homme qui semblait avoir passé la cinquantaine, bien que sa taille droite, ses yeux gris et vifs, son visage plein et fortement coloré, et ses cheveux blonds et épais, témoignassent en faveur de la bonté et de la vigueur de sa constitution, et ne laissassent entrevoir aucun signe de décrépitude.
La jeune fille avait vingt ans à peine; elle était blonde, mignonne, gracieuse, et offrait dans sa personne le type le plus complet qui se puisse imaginer de la beauté saxonne dans toute sa splendeur.
La ressemblance qui existait entre les traits du vieillard et ceux de la jeune fille, dénotait une parenté fort rapprochée: en effet, c'étaient le père et la fille.