Le vieillard portait le costume européen avec cette rigide exactitude qui, du premier coup d'œil, fait reconnaître un Anglais dans toutes les parties du monde; la seule concession qu'il avait cru devoir faire au pays qu'il habitait temporairement, c'était d'avoir attaché un immense voile vert à la forme de son chapeau, afin de se garantir des rayons ardents du soleil; quant à la jeune fille, elle était si bien enveloppée dans des châles de toutes sortes, qu'il était impossible de rien apercevoir de son costume.

Le père et la fille cheminaient côte à côte à quelques pas en avant des peones et causaient entre eux en anglais, soit qu'ils préférassent employer cette langue, qui était la leur, soit qu'ils ne se souciassent point d'être compris de leurs serviteurs, dans la fidélité desquels ils n'avaient sans doute pas grande confiance.

Cependant plus ils avançaient du côté de Tepatitlan, la route d'abord déserte se peuplait de voyageurs, montés pour la plupart sur des chevaux camperos, c'est-à-dire galopeurs, passaient comme des flèches auprès de nos deux personnages, échangeaient avec eux un Dios guarde rapide et ne tardaient pas à disparaître dans les sinuosités du chemin.

Au moment où nous mettons en scène nos deux personnages, le vieillard parlait:

—Je vous avoue, ma fille, disait-il, que je ne partage nullement votre manière de voir, et cela se comprend: vous êtes jeune et moi je suis vieux, les voyages qui à votre âge sont pleins d'attrait, n'offrent plus au mien que des ennuis et des fatigues insupportables, surtout dans un pays comme celui où nous sommes, où les moyens de locomotion sont encore dans l'enfance, et se réduisent à l'emploi du cheval.

—Je conviens, mon père, répondit la jeune fille, qu'il serait plus agréable pour vous de voyager en voiture.

—Oui, de toutes les façons; j'ai besoin de prendre mes aises, la moindre fatigue me brise. Que voulez-vous, mon enfant? ce n'est pas de ma faute, vous ne devez pas m'en vouloir pour cela.

—C'est moi, mon père, qui regrette de vous voir ainsi errer sur les routes.

—Bah! vous le regrettez, Anna, dit le vieillard en souriant avec une légère teinte d'ironie; on ne s'en douterait guère, à voir la façon dont vous en usez avec moi depuis quelque temps.

—Est-ce un reproche que vous m'adressez, mon père?