—J'en doute fort. A la suite de ce duel mystérieux, dont il s'est obstiné à me cacher les motifs, son caractère a complètement changé; il est devenu sombre, réservé, bref, ce n'est plus le même homme. A peine rétabli de sa blessure, au lieu de me venir voir comme auparavant, il a subitement quitté le Mexique et est reparti pour les États-Unis, sans même prendre congé.
—C'est un reste d'irritation contre moi, sans doute.
—Non, c'est une belle et bonne haine, Williams est orgueilleux et vindicatif, il ne vous pardonnera jamais d'avoir méprisé son alliance.
—Que puis-je faire à cela, mon père? C'est un malheur dont il me faut prendre mon parti; d'ailleurs nous ne nous reverrons probablement jamais.
—Peut-être le reverrons-nous plus tôt que vous ne le supposez, miss; j'ai appris qu'à peine débarqué à la Nouvelle Orléans, Williams était allé rejoindre le général Taylor en qualité de volontaire; cela doit cacher des projets que, sans doute, nous ne tarderons par à connaître.
—Mon cousin est un gentleman, mon père.
—Oui, mais c'est surtout un homme qui veut se venger d'une injure qu'il croit avoir reçue.
—Je ne puis croire que nous ayons à redouter quelque chose de lui; d'ailleurs il est loin d'ici.
—Pas autant que vous le supposez; Dieu veuille que je me trompe, mais je ne sais pourquoi j'éprouve à ce sujet des craintes vagues que je ne puis chasser de ma pensée.
En ce moment, un des peones, serviteur de M. Prescott, le seul, du reste, dans lequel il eût une entière confiance, s'approcha respectueusement.