Don Pablo fut ponctuel. A onze heures du soir, accompagné d'une douzaine de rancheros bien armés, il arriva devant la porte de la maison habitée par M. Prescott.

La jeune fille et son père montèrent dans un palanquin amené exprès pour eux. Les rancheros les entourèrent, et les deux étrangers se dirigèrent vers le Cabildo, fendant avec une certaine difficulté la foule joyeuse qui encombrait les rues et les places qu'ils traversaient.


[VII]

Le Cabildo.

La fête donnée au Cabildo de San Luis de Potosí par le général Santa-Anna, lors de son séjour dans cette ville, où il vint prendre en personne le commandement de l'armée destinée à opérer contre les troupes des États-Unis, est demeurée célèbre, à juste titre, dans les fastes mexicaines, non seulement pour la célérité avec laquelle cette fête fut improvisée, mais encore pour le luxe inouï et inconnu jusqu'à ce jour que le général y déploya.

En effet, jamais vice-roi, lors de la domination espagnole, jamais président, depuis la proclamation de l'indépendance, n'étaient parvenus jusqu'alors à réaliser les enchantements féeriques qui furent ce jour-là improvisés comme par la baguette d'un tout-puissant enchanteur; tenter d'en faire une description serait chose inutile et complètement impossible; nous nous bornerons donc à constater que notre vieille Europe elle-même, si compétente cependant en pareille matière, fut entièrement éclipsée par les splendeurs étranges de cette fête digne des Mille et une Nuits, et qui ressemblaient plutôt au rêve d'une imagination en délire qu'à la réalité.

A minuit, les salons étaient encombrés, les invités se sentant trop à l'étroit, commençaient à entrer dans l'immense jardin du Cabildo, dont les pelouses, les allées et les bosquets, furent bientôt envahis par la foule toujours croissante et qui, folle et rieuse, débordait de toutes parts.

Une illumination féerique en verres de couleur, chargés de devises en l'honneur du président, éclairait la fête. Plusieurs orchestres, composés d'instrumentistes habiles, Italiens pour la plupart et attachés à la suite du général, avaient été distribués dans les salons et sur les pelouses. On dansait un peu partout, alternant les valses et les contre-danses européennes avec les jotas, les tristes, les cachuchas et toutes les autres danses espagnoles et américaines, si voluptueuses et si entraînantes.

Une nuée de valets en grande livrée, chargés d'immenses plateaux d'argent couverts de rafraîchissements de toutes sortes, circulaient incessamment à travers la foule des invités.