Lorsque M. Prescott et sa fille, conduits par don Pablo de Zúñiga, entrèrent dans le Cabildo, la fête était à l'apogée de sa splendeur; le coup d'œil en était si réellement beau, que l'Anglais lui-même en fut ébloui un instant et sentit, sous l'influence de l'admiration qu'il éprouvait, se fondre son flegme britannique. Jamais même à Londres il n'avait assisté à un aussi magique spectacle.
Le général Santa-Anna, sans doute prévenu à l'avance de l'arrivée des étrangers, les attendait dans un premier salon, au milieu d'une foule d'officiers de tous grades, revêtus de magnifiques uniformes; en apercevant M. Prescott, il se dégagea des officiers qui l'entouraient et s'avança vers lui le sourire sur les lèvres.
M. Prescott et sa fille s'inclinèrent respectueusement devant le général et attendirent, selon l'étiquette, qu'il leur adressât la parole.
—Soyez le bienvenu, Monsieur Prescott, dit-il au bout d'un instant, j'ai craint de ne pas vous voir au milieu de nous; ne m'a-t-on pas dit que vous aviez l'intention de quitter San Luis aujourd'hui même?
—En effet, général, telle était ma résolution; mais elle n'a pas tenue devant le désir témoigné par Votre Excellence, et me voilà.
—Je vous en remercie, mon digne ami; votre départ, en nous privant de la présence de votre charmante fille, aurait, croyez-le bien, fort attristé notre fête.
Miss Anna s'inclina sans répondre.
—Messieurs, ajouta le général, j'ai l'honneur de vous présenter M. Prescott, un homme pour lequel j'éprouve une sincère affection, parce que, bien qu'il soit Anglais d'origine, son cœur est réellement mexicain, et son dévouement pour sa patrie d'adoption est sans bornes.
L'insulaire fit une grimace à ce compliment à deux tranchants, qui ressemblait fort à une lettre de change tirée sur sa caisse, et il répondit avec embarras aux compliments empressés des officiers mexicains.
—Donnez-moi votre bras, cher Monsieur Prescott, continua le général, laissez miss Anna aux soins de de don Pablo, et venez avec moi faire un tour dans la fête, nous causerons comme deux vieux amis pendant que la señorita dansera. Caballeros, ajouta-t-il en se tournant vers les officiers de son état-major, prenez part à la fête, divertissez-vous, vous êtes libres.