—Serait-ce donc une insulte, señor?
—Ni l'un ni l'autre, répondit froidement le jeune homme. J'ignore quel motif vous amène auprès de moi; je ne vous attendais ni ne vous désirais; vous venez sachant mon nom, vous trouvez convenable de me cacher le vôtre. Je constate le fait, voilà tout; où voyez-vous une insulte là-dedans, s'il vous plaît?
—Ainsi, répondit-il en se mordant les lèvres avec dépit, vous savez qui je suis?
—Parfaitement, señor.
—Voilà qui est étrange! Cette fois est la première que nous nous trouvons en face l'un de l'autre.
—C'est possible, señor; cependant, je vous le répète, je sais qui vous êtes; et, si vous en doutez, je vais vous le dire.
Son interlocuteur fit un geste de dénégation.
—Vous ne me croyez pas, continua le jeune homme; eh bien! Écoutez-moi. Bien que vous parliez le castillan avec une rare perfection, cependant il est facile à un Mexicain de vous reconnaître au premier mot pour étranger; vous êtes un Américain de la Louisiane, né à la Nouvelle-Orléans, et votre nom à demi français et à demi saxon est Williams Stuart de Clairfontaine, ce qui se comprend parfaitement, vos ancêtres du côté maternel étant Anglais, tandis que, au contraire, ils sont Français du côté paternel. Ai-je dit vrai, Monsieur, ou bien me suis-je trompé? Veuillez me faire l'honneur de me répondre.
—Ce que vous dites est vrai, Monsieur. Veuillez, je vous prie, excuser une supercherie indigne de vous et de moi, et pour laquelle je vous adresse tous mes regrets, et venir, si vous me le permettez, au motif qui me conduit ici, motif que vous devez ignorer.
—Vous vous trompez encore, caballero; ce motif, je le connais, reprit-il froidement.