—Oh! pour cette fois, caballero! s'écria le jeune Américain avec vivacité, je crois être certain que vous ne le pouvez savoir.
—Vous êtes cousin de miss Anna Prescott, señor; vos parents et les siens avaient formé des projets d'union entre elle et vous, projets fort compromis aujourd'hui, du moins quant à ce qui touche miss Anna: quel autre motif que celui de me demander une explication et peut-être une réparation par les armes, de ce que vous considérez comme étant une injure de ma part, a pu vous amener ici? Seulement, ce qui m'étonne, c'est la façon dont vous avez appris que vous m'y rencontreriez.
—Cette fois encore, señor, je suis contraint d'avouer que vous avez raison et que vous êtes parfaitement renseigné. Quant à la manière dont m'a été révélée votre présence ici, cela importe peu, je le suppose; laissons-le donc de côté, et faites-moi l'honneur de m'apprendre si je dois voir en vous un ami ou un ennemi. Vous voyez, señor, que j'agis franchement avec vous, et que du premier coup je vais au but.
—J'en conviens, señor; malheureusement, je ne puis en aucune façon répondre à cette franchise, répondit-il avec un sourire hautain.
—Pour quelle raison, señor?
—Parce que, señor, je ne vous reconnais aucunement le droit de m'adresser des questions, et que, par conséquent, je ne vous répondrai pas.
—Alors, señor, vous me ferez raison.
—Je pourrais vous refuser, señor, car je ne vous reconnais pas plus le droit de me provoquer que celui de me questionner; mais votre proposition me plaît, et j'accepte de grand cœur.
Tout cet entretien avait eu lieu sur le pied de la plus exquise politesse; les deux interlocuteurs n'étaient pas un instant sortis du ton de la bonne compagnie.
—Ainsi, nous nous battrons, reprit l'Américain.