Ce bosquet, formé avec des liquidambars était extrêmement touffu, quelques verres de couleur placés çà et là au milieu des feuilles, y répandaient une lumière douce et mystérieuse; les bruits de la fête y parvenaient à peine, leur éclat était brisé, ils semblaient mourir en un murmure indistinct à travers l'épaisse muraille de verdure qui en absorbait les sons.

Quelques minutes s'écoulèrent pendant lesquelles la jeune fille se laissa voluptueusement aller au charme indicible de causer avec son cœur, en récapitulant tous les éblouissements de cette délicieuse soirée pendant laquelle rien n'avait fait ombre à son amour.

Tout à coup un pas léger fit craquer le sable d'une allée à quelques pas d'elle.

Un homme entra d'un pas rapide dans le bosquet. Miss Anna releva vivement la tête, un cri étouffé s'échappa de sa poitrine, et elle fit un mouvement pour se lever.

—Eh quoi! dit d'une voix railleuse l'homme qui venait de s'introduire si à l'improviste dans le bosquet, en suis-je donc à mon insu arrivé à ce point que ma présence seule cause un si grand émoi à miss Anna, que sa première pensée en m'apercevant soit de me fuir.

La jeune fille était d'une race vaillante, l'éducation qu'elle avait reçue l'avait habituée à compter sur elle-même; la première émotion causée par la surprise, apaisée, elle avait repris son calme et son sang-froid.

—En effet, répondit-elle, j'ai eu tort. Qu'ai-je à redouter de vous, Monsieur? pardonnez-moi un mouvement involontaire, je ne vous avais pas reconnu.

—Et maintenant que vous m'avez reconnu, dit-il avec intention.

—Maintenant, Monsieur de Clairfontaine, si je crains, c'est pour vous et non pour moi.

—Je vous remercie de cette sollicitude, mademoiselle, dit-il avec amertume.