Malheureusement, le président était contraint d'abandonner plusieurs points importants pour concentrer ses forces autour de México, et ces divers mouvements, mal compris par la population, l'inquiétaient et lui faisaient redouter des malheurs prochains.

Dans ces circonstances, le président voulant sans doute donner satisfaction à l'opinion publique, et rendre un peu de tranquillité à la capitale, consentit ou feignit de consentir à entamer avec Juárez, son compétiteur, dont le gouvernement siégeait à la Veracruz, des pourparlers pour arriver à la conclusion, sinon de la paix, du moins d'un armistice destiné à arrêter provisoirement l'effusion du sang.

Malheureusement, une nouvelle complication vint rendre impossible tout espoir d'arrangement.

Le général Márquez avait été envoyé au secours de Guadalajara, qui, d'après ce qu'on supposait, continuait à résister avec succès aux troupes fédérales, mais tout à coup, sans que rien ne fît prévoir ce résultat, à la suite de l'enlèvement par les fédéraux d'une conducta de plata, appartenant à des négociants anglais, un armistice fut conclu entre les deux corps belligérants, armistice auquel l'argent de la conducta ne fut sans doute pas étranger, et le général Castillo, commandant de Guadalajara, abandonné par la plupart de ses troupes, se vit forcé de partir de la ville et de se réfugier sur le Pacifique; de sorte que les fédéraux libres de cet embarras, se réunirent contre Márquez, le battirent et détruisirent son corps le seul qui tenait la campagne.

La situation se faisait donc de plus en plus critique, les fédéraux ne rencontrant plus ni obstacle, ni résistance dans leur marche victorieuse, débordaient de tous côtés; tout espoir de traiter était perdu. Il fallait combattre quand même.

La chute de Miramón, ne devenait plus pour ainsi dire qu'une question de temps; le général le comprenait sans doute parfaitement dans son for intérieur, mais il n'en laissait rien paraître et redoublait au contraire d'ardeur et d'activité pour parer aux embarras sans cesse renaissants de la situation.

Après avoir fait appel à toutes les classes de la société, le président se résolut enfin à s'adresser au clergé que toujours il avait soutenu et protégé; celui-ci répondit à son appel, leva d'urgence une dîme sur ses biens et résolut de faire porter à la monnaie ses joyaux d'or et d'argent pour être fondus et mis à la disposition du pouvoir exécutif. Malheureusement tous ces efforts furent en pure pertes, les dépenses augmentaient en proportion des dangers toujours croissants de la situation, et bientôt Miramón, après avoir vainement employé tous les expédients que lui suggérait sa position critique, se retrouva devant un trésor vide, avec cette douloureuse certitude qu'il était inutile de songer davantage à le remplir.

Nous avons déjà eu l'occasion d'expliquer comment chaque État de la Confédération mexicaine, demeurant possesseur des deniers publics en temps de révolution, le gouvernement, siégeant à México, se trouve presque continuellement dans une pénurie complète, parce qu'il ne peut disposer que des fonds même de l'État de México, tandis que ses compétiteurs, au contraire, battant sans cesse la campagne dans tous les sens, non seulement y arrêtent les conductas de plata et s'en approprient les valeurs souvent fort considérables sans nuls remords, mais encore pillent les caisses de tous les États où ils pénètrent, enlèvent l'argent sans le moindre scrupule et se trouvent ainsi en mesure de soutenir la guerre sans désavantage.

Maintenant que, par un résumé rapide, nous avons établi la situation politique dans laquelle se trouvait le Mexique, nous reprendrons notre récit aux premiers jours de novembre 186..., c'est-à-dire six semaines environ après l'époque où nous l'avons interrompu.

La soirée avançait, l'ombre gagnait déjà la plaine, les rayons obliques du soleil couchant, chassés peu à peu des bas-fonds des vallées, s'accrochaient encore aux cimes neigeuses des montagnes de l'Anahuac qu'ils teintaient de nuances vermeilles, la brise frémissait à travers le feuillage des arbres; des vaqueros, montés sur des chevaux aussi sauvages qu'eux-mêmes, chassaient à travers la plaine de grands troupeaux qui tout le jour avaient erré en liberté, mais qui le soir retournaient au corral. On entendait résonner au loin les grelots des mules de quelques arrieros attardés qui se hâtaient d'atteindre la magnifique chaussée bordée de ces énormes aloès contemporains de Moctecuzoma et qui conduit à México.