—Cet homme, continua l'aumônier, sur le point de comparaître devant Dieu, son juge suprême, auquel il a à rendre un compte terrible, a senti, grâce à mes efforts pour le ramener au repentir, le remords entrer dans son cœur. Votre arrivée en cette ville, qu'il a apprise je ne sais comment, lui a paru être un avertissement de la Providence; il m'a fait mander aussitôt, et m'a prié de me rendre auprès de vous, monsieur le comte.
—Auprès de moi! s'écria le jeune homme avec étonnement; que peut-il exister de commun entre moi et ce misérable?
—Je l'ignore, monsieur le comte, il ne m'a rien dit à ce sujet, seulement il vous supplie de vous transporter à son cachot, désirant vous révéler un secret de la plus haute importance.
—Ce que vous me dites me confond, monsieur; cet homme m'est complètement étranger, je ne comprends pas de quelle façon ma vie peut se trouver mêlée à la sienne.
—Il vous l'expliquera sans doute, monsieur le comte; mais je vous le conseille, consentez à l'entrevue que vous demande cet homme, monsieur le comte, répondit le prêtre sans hésiter. Depuis bien des années déjà, je suis aumônier des prisons, j'ai vu hélas mourir bien des criminels. On ne ment pas devant la mort, l'homme le plus fort et le plus brave devient bien petit et bien faible en face de cet inconnu qui se nomme l'Éternité; il se prend à trembler, et n'osant plus espérer en la bonté des hommes, il espère en celle de Dieu. Bras-Rouge, le malheureux, qui doit mourir demain, sait que rien ne peut le soustraire au sort terrible qui l'attend, dans quel but vous demanderait-il cette entrevue sur le seuil de la mort, si ce n'est dans celui de racheter par la révélation qu'il désire vous faire, peut être un de ses crimes les plus horribles, bien qu'il soit peut-être le plus ignoré de tous. Croyez-moi, monsieur le comte, le doigt de la Providence est dans tout ceci; ce n'est pas le hasard qui vous a amené dans cette ville juste au moment de cette expiation terrible; consentez à me suivre et à descendre avec moi dans le cachot où ce malheureux attend sans doute avec la plus vive anxiété et en comptant les minutes, que vous vous présentiez à lui. En supposant même que cette révélation n'ait pas pour vous l'importance que suppose ce malheureux, refuserez-vous de donner cette dernière consolation à un homme qui va si fatalement être rayé du nombre des vivants; je vous en supplie, monsieur le comte, consentez à me suivre.
La détermination du jeune homme fut bientôt prise.
Le comte s'enveloppa dans un manteau et partit de l'hôtel en compagnie du prêtre.
Malgré l'heure avancée, car il était près de minuit, la place était pleine de monde, la foule loin de diminuer augmentait au contraire à chaque instant, par l'arrivée de nouveaux individus qui accouraient des villages voisins; des bivouacs étaient établis partout.
Le comte et son guide se frayèrent assez difficilement un passage à travers la foule, jusqu'à la prison, devant laquelle veillaient de nombreux factionnaires.
Sur un mot de l'aumônier, la porte de la prison fut ouverte aussitôt; le comte entra, précédé par le digne prêtre, et suivi par un geôlier, ils se dirigèrent vers le cachot du condamné à mort.