Le geôlier, un falot à la main, guida silencieusement les deux visiteurs à travers une longue suite de corridors, puis, arrivé devant une porte doublée de fer du haut en bas, il s'arrêta en disant ce seul mot:
—Entrez.
Ils pénétrèrent dans le cachot.
Nous employons cette locution consacrée, cependant rien ne ressemblait moins à un cachot que la chambre dans laquelle ils entrèrent.
C'était une cellule assez grande, éclairée par deux fenêtres en ogives garnies de forts barreaux en dehors; l'ameublement se composait d'un lit, c'est-à-dire d'un cadre sur lequel était tendu un cuir de vache, d'une table et de plusieurs chaises, un miroir était pendu au mur. Dans le fond de la pièce un autel était dressé et tout tendu de noir, le condamné était en chapelle; chaque jour, depuis le prononcé du verdict, un prêtre, l'aumônier de la prison, disait deux messes basses; une le matin, l'autre le soir pour le condamné.
A ce détail singulier de la chapelle, coutume qui n'existe qu'en Espagne et dans les colonies qui en dépendent, les deux auditeurs échangèrent à la dérobée un regard d'intelligence que ne remarqua pas l'aventurier.
Celui-ci continua sans se douter de la faute que, sans y songer, il avait commise.
—Le condamné était assis sur un equipal, la tête dans la main; le coude appuyé sur la table, il lisait à la lueur d'une lampe fumeuse.
A l'entrée des visiteurs il se leva aussitôt et les salua avec la plus exquise politesse.
—Messieurs, veuillez prendre des sièges et me faire l'honneur d'attendre quelques instants l'arrivée des personnes que j'ai fait demander, dit-il en approchant des butacas, leur présence est indispensable, il faut que plus tard nul ne puisse révoquer en doute la véracité de la révélation que je désire vous faire.