Pendant les premiers jours, ils s'étaient strictement conformés aux recommandations de leur ami, et n'avaient fait que des visites courtes, et pour ainsi dire furtives; mais peu à peu entraînés par le charme invisible gui les attirait à leur insu, les visites s'étaient multipliées, étaient devenues plus longues et, inventant toutes sortes de prétextes, ils en étaient arrivés à passer leurs journées presque tout entières auprès des dames.

Un jour, tandis que les habitants de la petite maison, retirés au fond de leur jardin, causaient gaiement entre eux, un tumulte affreux se fit entendre au dehors.

Le vieux domestique accourut tout effarés prévenir sa maîtresse qu'une bande de bandits, rassemblés devant la maison, exigeaient qu'on leur en ouvrît la porte, menaçant de la briser si on ne voulait pas y consentir.

Le comte rassura doña Maria, lui dit de ne rien craindre, et après l'avoir engagée à ne pas sortir du jardin, ainsi que les jeunes filles, lui et Dominique s'avancèrent vers la porte de la maison.

Raimbaut était par hasard venu quelques instants auparavant apporter une lettre à son maître, sa présence, en cette circonstance, était fort précieuse.

Les trois hommes prirent leurs fusils doubles et leurs revolvers, et après s'être concertés entre eux en quelques mots, le comte s'approcha de la porte contre laquelle on frappait du dehors à coups redoublés et ordonna au vieux domestique de l'ouvrir.

A peine la porte fût-elle entr'ouverte, qu'il y eut une poussée épouvantable, et une dizaine d'individus se précipitèrent dans le zaguán, avec des cris et des hurlements furieux.

Mais tout à coup ils s'arrêtèrent.

Devant eux, à dix pas au plus, trois hommes se tenaient immobiles, le fusil à l'épaule, prêts à lâcher la détente.

Sans armes, pour la plupart, tant ils étaient convaincus de ne pas rencontrer de résistance, et ne possédant que les couteaux passés à leurs ceintures, les bandits demeurèrent frappés d'épouvante à la vue des fusils dirigés contre eux.