—Faites, señorita, et soyez assez bonne pour informer madame votre mère du vif intérêt que je lui porte, et du chagrin que j'éprouve de la savoir indisposée.
La jeune fille salua en souriant, et s'éloigna légère comme un oiseau.
Le comte et doña Dolores demeurèrent seuls. Leur situation était singulière et surtout fort embarrassante, ils se trouvaient ainsi à l'improviste mis en demeure d'entamer cette explication, devant laquelle tout en en reconnaissant l'urgente nécessité, ils reculaient cependant tous les deux.
S'il est difficile à une femme d'avouer à l'homme qui la courtise, qu'elle ne l'aime pas, cet aveu est bien plus difficile et bien plus pénible encore, lorsqu'il doit sortir de la bouche d'un homme.
Quelques minutes s'écoulèrent, pendant lesquelles les deux jeunes gens ne prononcèrent pas un mot, et se contentèrent de se jeter des regards à la dérobée.
Enfin, comme le temps se passait, et que le comte craignait, s'il laissait échapper cette occasion favorable, de ne pas la voir se représenter avant longtemps, il se décida à prendre la parole.
—Eh bien, ma cousine, dit-il du ton le plus dégagé qu'il put affecter, commencez-vous à vous habituer un peu à cette vie de recluse que les circonstances malheureuses où vous vous êtes trouvée, vous ont faite?
—Je suis parfaitement habituée à cette existence calme et reposée, mon cousin, répondit-elle, si ce n'étaient les tristes souvenirs qui, à chaque instant, me viennent assaillir, je vous avoue que je me trouverais fort heureuse.
—Je vous en félicite, ma cousine.
—En effet, que me manque-t-il ici? Doña Maria et sa fille me chérissent, elles m'entourent de soins et d'attentions, j'ai un petit cercle d'amis dévoués; puis-je désirer autre chose en ce monde, où la véritable félicité ne saurait exister?