—J'envie votre philosophie, ma cousine, cependant mon devoir de parent... et d'ami, ajouta-t-il avec hésitation, m'obligent à vous faire observer que cette situation, si heureuse qu'elle soit, ne saurait être que précaire, vous ne pouvez espérer passer vos jours au sein de cette charmante famille; mille événements imprévus peuvent surgir tout à coup, qui vous en sépareront violemment.

—C'est vrai, mon cousin, murmura-t-elle d'une voix basse et tremblante.

—Vous savez, reprit-il, combien peu, en ce malheureux pays, il est permis de compter sur l'avenir, une jeune fille de votre âge, surtout de votre beauté, ma cousine, est fatalement exposée à mille dangers auxquels il lui est presqu'impossible de se soustraire; je suis, moi, votre parent, sinon le plus proche, du moins le plus réellement dévoué, vous n'en doutez point n'est-ce pas?

—Oh! Dieu m'en garde, mon cousin, croyez bien au contraire que mon cœur vous conserve une profonde reconnaissance pour les services sans nombre que vous m'avez rendus.

—De la reconnaissance seulement, dit-il avec intention, le mot est bien vague, ma cousine.

Elle leva sur lui son charmant et limpide regard.

—Quel autre mot pourrai-je employer? dit-elle.

—J'ai tort, pardonnez-moi, reprit-il; c'est que la situation dans laquelle nous sommes placés, l'un vis-à-vis de l'autre, est si singulière, ma cousine, que je ne sais véritablement comment m'exprimer, en vous parlant toujours; je crains de vous déplaire.

—Non, mon cousin, vous n'avez rien à redouter de pareil, répondit-elle en souriant, vous êtes mon ami, et à ce titre, vous avez le droit de tout me dire, comme moi je puis tout entendre.

—Ce titre d'ami que vous me donnez, dit-il doucement, votre père avait désiré...