Les bougies presque entièrement brûlées montraient que la veillée avait été longue, les deux hommes courbés sur une immense carte semblaient l'étudier avec la plus sérieuse attention, tout en causant entre eux avec une certaine animation.

Tout à coup le général se redressa avec un mouvement d'humeur et se laissa tomber dans un fauteuil.

—Bah! murmura-t-il entre ses dents, à quoi bon s'obstiner contre la mauvaise fortune?

—Pour la vaincre, général, répondit l'aventurier.

—C'est impossible.

—Vous désespérez? Vous? dit-il avec intention.

—Je ne désespère pas; loin de là, je suis au contraire résolu à me faire tuer s'il le faut, plutôt que de subir la loi que prétend m'imposer ce misérable Juárez, cet Indien haineux et vindicatif ramassé par pitié sur le bord d'une route par un Espagnol, et qui ne se sert des connaissances qu'il a acquises, et de l'éducation de hasard qu'il a reçue, que pour déchirer sa patrie et la plonger dans un gouffre de malheurs.

—Que voulez-vous faire à cela, général? répondit railleusement l'aventurier. Qui sait? Peut-être l'Espagnol dont vous pariez n'a-t-il élevé cet Indien que dans le but d'accomplir une vengeance et dans la prévision de ce qui se passe aujourd'hui?

—Tout porterait à te croire, sur mon âme. Jamais homme n'a suivi avec une patience plus féline les plus ténébreux projets et n'a accompli plus d'odieuses actions avec un cynisme plus effronté.

—N'est-ce pas le chef des Puros? dit en riant l'aventurier.