—Je supplie votre seigneurie de m'excuser si j'ose me présenter ainsi, sans être annoncé, mais j'ai à l'entretenir de choses graves, qui n'admettent pas de retard.

L'aventurier fit un mouvement pour se retirer.

—Restez, je vous en prie, dit le président en l'arrêtant du geste; parlez, mon cher général.

—Monsieur le président, le désordre le plus grand règne sur la place parmi le peuple et les soldats: la plupart demandent à grands cris, que les officiers, faits prisonniers aujourd'hui, soient immédiatement fusillés comme traîtres à la patrie.

—Hein? fit le président, en se redressant subitement, et en devenant légèrement pâle, que me dites-vous donc là, mon cher général?

—Si votre seigneurie consent à ouvrir les fenêtres de ce cabinet, elle entendra les cris de mort, que l'armée et le peuple poussent de concert.

—Ah! murmura Miramón, des assassinats politiques, commis de sang-froid après la victoire; jamais je ne consentirai à autoriser des crimes aussi odieux! Non, mille fois non; pour moi, du moins, il n'en sera pas ainsi. Où se trouvent les officiers prisonniers?

—Dans l'intérieur du palais, gardés à vue dans la cour.

—Donnez l'ordre qu'ils soient immédiatement conduits en ma présence; allez, général.

—Ah! Mon ami, s'écria le président avec découragement, dès qu'il se trouva seul avec l'aventurier, que peut-on espérer d'un peuple aussi dénué du sens moral que le nôtre? Hélas! Que doivent penser les gouvernements européens de cette apparente barbarie! Quel mépris ne doivent-ils pas avoir pour notre malheureuse nation! Et pourtant, ajouta-t-il, ce peuple n'est pas méchant, c'est son long esclavage qui l'a ainsi rendu cruel et les interminables révolutions dont depuis quarante ans, il est constamment victime; venez, suivez-moi, il faut en finir.