Il sortit alors du cabinet, accompagné par l'aventurier, et entra dans un immense salon, où ses partisans les plus dévoués se trouvaient réunis.
Le président alla s'asseoir sur un siège élevé de deux marches, préparé pour lui au haut-bout du salon et les officiers demeurés fidèles à sa cause se groupèrent aussitôt à sa droite et à sa gauche.
Sur un signe affectueux de Miramón, l'aventurier était resté à son côté, indifférent en apparence.
Un bruit de pas et un froissement d'armes se firent entendre au dehors, et les officiers prisonniers, précédés par le général Cobos entrèrent dans la salle.
Bien qu'ils affectassent d'être calmes, ces prisonniers ne laissaient pas que d'être assez inquiets sur le sort qui leur était réservé; ils avaient entendu les cris de mort poussés contre eux, et connaissaient les mauvaises dispositions des partisans de Miramón à leur égard.
Celui qui marchait le premier était le général Berriozábal, jeune homme de trente ans au plus, à la tête expressive, aux traits fins et intelligents, et à la démarche noble et dégagée; auprès de lui venait le général Degollado entre ses deux fils, puis deux colonels et les officiers composant l'état-major du général Berriozábal.
Les prisonniers s'avancèrent d'un pas ferme vers le président qui, à leur approche, quitta vivement son siège et fit, le sourire sur les lèvres, quelques pas au devant d'eux.
—Caballeros, leur dit-il en les saluant gracieusement, je regrette que les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons malheureusement placés, ne me permettent pas de vous rendre immédiatement la liberté; du moins, j'essaierai, par tous les moyens en mon pouvoir, de vous rendre douce une captivité qui, je l'espère, ne sera pas de longue durée. Veuillez d'abord reprendre les épées que vous portez si vaillamment et dont je regrette de vous avoir privés.
Il fit un signe au général Cobos qui s'empressa de restituer aux prisonniers les armes qu'on leur avait enlevées, et que ceux-ci reçurent avec un mouvement de joie.
—Maintenant, caballeros, reprit le président, daignez accepter l'hospitalité que je vous offre dans ce palais, où vous serez traités avec tous les égards que mérite votre infortune; je ne demande que votre parole de soldats et de caballeros de ne pas en sortir sans mon autorisation, non point que je doute de votre honneur, mais seulement afin de vous soustraire aux tentatives de gens mal disposés à votre égard et aigris par les souffrances d'une longue guerre; vous êtes donc prisonniers sur parole, caballeros, et libres d'agir à votre guise.