—Que prétendez-vous faire de ces papiers?
—Ceci doit vous importer fort peu, du moment où ils ne seront plus dans vos mains.
—Et si je refuse de vous les livrer?
—Je serai quitte pour vous les prendre de force; voilà tout, répondit-il paisiblement.
—Caballero, dit don Felipe avec un accent de dignité dont l'aventurier fut surpris, ce n'est pas le fait d'un homme brave comme vous l'êtes de menacer ainsi qui ne saurait se défendre; je n'ai pour toute arme que mon sabre, tandis que vous au contraire vous disposez de la vie de douze hommes.
—Pour cette fois, il y dans ce que vous dites une apparence de raison, reprit l'aventurier, et votre observation serait juste, si je devais me servir de mes revolvers pour vous contraindre à faire ce que j'exige de vous; mais rassurez-vous, vous aurez un combat loyal, mes pistolets demeureront sur cette table; je croiserai seulement ma machette contre votre sabre, ce qui non seulement, rétablira l'équilibre entre nous mais encore vous donnera sur moi un avantage signalé.
—Agirez-vous réellement ainsi, caballero?
—Je vous en donne ma parole d'honneur; j'ai pour habitude de toujours régler loyalement mes comptes avec mes ennemis comme avec mes amis.
—Ah! Vous appelez cela régler vos comptes? dit-il avec ironie.
—Certes; quel autre nom puis-je employer?