—Oh! Oh! fit don Jaime en souriant à son tour; et raconte-t-on comment est arrivé ce malheureux événement?
—Personne n'y comprend rien, mi amo, il paraîtrait que ce colonel, car il était colonel, avait été battre l'estrade jusqu'au Palo Quemado, ou il s'était arrêté pour passer la nuit; des sentinelles avaient été placées autour de l'habitation, pour veiller au salut de leur chef, personne, excepté deux cavaliers inconnus, ne s'étaient introduits dans le rancho; c'est après le départ de ces deux cavaliers qui avaient eu une longue conversation avec le colonel, que celui-ci a été trouvé mort, dans la salle, d'un coup de couteau qui lui avait traversé le cœur; aussi, on suppose qu'une querelle s'étant élevée entre le colonel et les deux inconnus, ceux-ci l'auront tué, mais cet événement s'est accompli avec tant de silence, que les soldats couchés à quelques pas seulement, n'ont rien entendu.
—Voilà qui est singulier, en effet.
—Il paraît, mi amo, que ce colonel don Felipe Irzabal, tel était son nom, était un affreux brigand, sans foi ni loi, sur le compte duquel on raconte nombre d'atrocités.
—Puisqu'il en est ainsi, mon cher López, tout est pour le mieux, et nous n'avons plus à nous occuper de ce drôle, dit don Jaime en se levant.
—Oh! Il ira bien au diable sans nous.
—C'est probable, à moins qu'il n'y soit déjà; dis-moi, je vais faire un tour de promenade par la ville en attendant huit heures; à dix heures du soir tu te trouveras à la porte du palais avec deux chevaux et des armes, au cas où nous serions contraints de faire, comme la nuit passée, une promenade au clair de la lune.
—Oui, mi amo, et je vous attendrai quelle que soit l'heure à laquelle vous sortirez.
—Tu m'attendras, à moins que je ne te fasse prévenir que je n'ai pas besoin de toi.
—Bien, mi amo, soyez tranquille.