Don Jaime sortit alors, et ainsi qu'il l'avait annoncé, il alla faire une courte promenade, mais seulement sous les portales de la place Mayor, afin de se trouver au palais juste à l'heure qui lui avait été assignée.
Ce fut en effet ce qui arriva: à huit heures précises l'aventurier se présenta à la porte du palais.
Un huissier l'attendait pour le conduire auprès du Président.
Le général Miramón se promenait, triste et pensif, dans un petit salon attenant à ses appartements particuliers; en apercevant don Jaime, son visage se dérida.
—Soyez le bienvenu, mon ami, lui dit-il en lui tendant affectueusement la main, j'étais impatient de vous voir, car vous êtes le seul homme qui me compreniez et avec lequel je puisse parler franchement, tenez, asseyez-vous là près de moi et causons; voulez-vous?
—Je vous trouve triste, général; vous serait-il arrivé quelque chose de fâcheux?
—Non, mon ami, rien; mais vous le savez depuis longtemps déjà, je n'ai pas beaucoup de motifs d'être gai; je quitte madame Miramón: la pauvre femme tremble, non pas pour elle, la bonne et douce créature, mais pour ses enfants, elle voit tout en noir et prévoit des malheurs terribles, elle a pleuré: voilà pourquoi vous me voyez triste.
—Mais pourquoi, général, ne pas éloigner madame Miramón de cette ville qui d'un jour à l'autre peut-être assiégée?
—Je le lui ai proposé plusieurs fois déjà, j'ai insisté même en essayant de lui faire comprendre que l'intérêt de ses enfants, leur sûreté, exigeaient impérieusement cette séparation; elle a refusé, vous savez combien elle m'aime, elle est partagée entre l'amour qu'elle a pour moi et son affection pour ses enfants, et elle ne peut se résoudre à prendre un parti; quant à moi, je n'ose la contraindre à partir; aussi ma perplexité est-elle extrême.
Le général détourna la tête en étouffant un soupir.