Don Jaime, après avoir ordonné au vieux domestique de sa sœur qui pendant tout le temps de cette conversation avait tenu la porte ouverte, de rentrer et de la barricader solidement au dedans, se dirigea vers la demeure des deux jeunes gens en se frottant les mains.

Le comte et son ami, inquiets de la longue absence de don Jaime, l'attendaient en proie aune vive anxiété; déjà ils se préparaient à se mettre à sa recherche, lorsqu'il entra; ils le reçurent avec de chaleureux témoignages de joie, puis ils lui demandèrent des nouvelles de son expédition.

Don Jaime ne vit aucune raison de leur laisser ignorer ce qui s'était passé et il leur raconta en détail sa conversation avec Jesús Domínguez, et comment il avait fini par l'amener à trahir son maître pour lui servir d'espion.

Ce récit amusa beaucoup les jeunes gens.

Les trois hommes demeurèrent ensemble jusqu'au jour; un peu après le lever du soleil ils se séparèrent; la dernière phrase de don Jaime en les quittant fut celle-ci:

—Mes amis, si bizarre que vous paraisse ma conduite, ne la jugez pas encore; dans quelques jours au plus, je frapperai le grand coup que depuis tant d'années je prépare; quoiqu'il arrive, tout vous sera alors expliqué; ayez donc patience, vous êtes plus que vous ne le supposez intéressés au succès de cette affaire; souvenez-vous de ce que vous m'avez juré et tenez-vous prêts à agir lorsque je réclamerai votre aide, adieu.

Il leur serra affectueusement la main et se retira.

Une semaine tout entière s'écoula sans qu'il se passât d'événements dignes d'être rapportés.

Cependant une inquiétude sourde régnait dans la ville; des rassemblements nombreux, où toutes les nouvelles politiques étaient commentées, se formaient dans les rues et sur les places.

Dans les quartiers marchands les boutiques ne s'ouvraient plus que pendant quelques heures à peine, les vivres devenaient de plus en plus rares et par conséquent plus chers, les Indiens ne venant plus qu'en petit nombre à la ville et n'apportaient que fort peu de choses avec eux.