Celui auquel s'adressaient ces paroles ne répondit que par un ricanement de mépris, et élevant la voix:

—Vous voulez des témoins de ce qui va se passer ici, caballero? Vous trouvez sans doute que nous ne sommes pas en nombre suffisant pour entendre ce qui va se dire, soit, j'y consens: sortez de vos cachettes, señores, et vous caballeros, venez.

Au même instant, les tapisseries furent soulevées, lus portes ouvertes, et une vingtaine de personnes entrèrent dans la chambre.

—Ah! Vous avez appelé des témoins, fit don Antonio d'une voix railleuse, que votre sang retombe sur votre tête alors! Et se tournant vers les hommes qui se tenaient immobiles derrière lui: Sus à ces misérables! leur cria-t-il, tuez-les comme des chiens! Et il sauta sur une paire de revolvers à six coups, placés sur une table à sa portée.

Mais personne ne bougea.

—Bas les masques! dit le personnage qui seul jusqu'alors avait parlé, ils sont inutiles maintenant; c'est à visage découvert qu'il nous faut parler à cet homme.

D'un geste il enleva le loup qui lui couvrait le visage; ses compagnons l'imitèrent.

Le lecteur les a reconnus déjà; c'étaient don Jaime, Domingo, le comte Ludovic, Léo Carral, don Diego, et Loïck le ranchero.

—Maintenant, señor, reprit don Jaime, quittez votre nom d'emprunt comme nous avons jeté nos masques; me reconnaissez-vous? Je suis don Jaime de Bivar, le frère de votre belle-sœur; depuis vingt-deux ans je vous suis pas à pas, seigneur don Horacio de Tobar, épiant toutes vos démarches et cherchant la vengeance que Dieu m'accorde enfin, grande et complète ainsi que je l'avais rêvée.

Don Horacio releva fièrement la tête, et toisant du haut en bas don Jaime avec une expression de souverain mépris: