Le Cirque! C'est-à-dire les chevaux dressés, le jockey du Derby, la voltige indienne aux sauts d'obstacles, the wentworth trio in a novel equestrian act; le Cirque, l'auto-bolide et le bilboquet humain, the sensation of all sensations, par the fearless young and fascinating Parisian, Mauricia de Thiers; le Cirque, les jeux icariens et l'empereur de la magie, Captain Breydson perillous trapezist equilibrist act et The Arizona's tomahawk's jugglers!
Quand on aime le Cirque, j'entends le véritable Cirque populaire, le Cirque où du vrai peuple est sensible à la force, à l'adresse, et acclame et tempête; le véritable Cirque, où de la musique, et quelle musique! ronronne ou fracasse ou susurre ou endort; le véritable Cirque où se perpétuent d'ancestrales et puériles traditions; le véritable Cirque où tout est pailleté, en oripeaux, en franges fanées d'or ou d'argent; où tout est clinquant, bariolé et vif! Ah! quand on aime ce Cirque-là, on frémit en entrant, en respirant l'odeur des écuries; et l'on attend les rires, ces tempêtes de rires qui dégringolent des gradins et qui s'écrasent au milieu de la piste!
Lautrec, qui chérissait le Cirque, à pleine joie, représenta les clowns, les acrobates, les dresseurs de chiens et les écuyers; et une toile qui le «situa» tout de suite, ce fut l'Ecuyère au Cirque Fernando, placée longtemps, se rappelle-t-on, à l'entrée du Moulin-Rouge, et que je retrouvai plus tard chez Jean Oller. Ah! la merveilleuse toile, si singulière, si unique, si imprévue, qu'elle m'arracha un cri de stupeur quand je la vis pour la première fois! C'était un gros cheval de piste dessiné d'une splendide façon; et, sur sa croupe, se tenait assise une écuyère avec une si étonnante face; tandis que, au milieu du tapis, l'écuyer, à visage de crapaud, s'arquait et déroulait sa chambrière. Et les blancs et les roses et le noir de l'habit jouaient là-dedans, la piste non recouverte, la toile apparente. Une œuvre tout de suite si invue, si anormale presque; comme d'un peintre venu on ne savait d'où;—un dessin si excentrique, et qui devait, par la suite, moins peut-être nous troubler, mais nous ravir toujours par sa fascinante personnalité, par son inégalable puissance!
PHOTO DRUET
JANE AVRIL
Quand Lautrec fut à Saint-James, il se ressouvint du Cirque qu'il avait tant aimé; et, là, sans modèles, il crayonna une suite d'une vingtaine de dessins, uniquement consacrés aux gens de Cirque, et que Manzi édita sous ce titre: Au Cirque.
Dessins d'une exagération caractéristique, d'une troublante déformation, d'un imprévu si drolatique, qui, cependant, ne fait jamais rire. Et vous voilà revenus ici, dans cette série de planches, les clowns et les écuyères, les chiens savants et les danseuses. Et je revois, chaque fois que je regarde ces dessins, tous vos gestes adroits, toutes vos cocasseries, ô clowns; tout votre maniérisme, ô écuyères de haute école; et je vous retrouve aussi, vous, ô clownesses fantaisistes, clownesses presque de bal masqué, avec vos gamineries d'enfant vicieux et vos mines de chattes guindées!
Foottit, ce clown génial, Foottit surtout, émerveilla Lautrec. Il le suivit partout. Et lui, Foottit et Chocolat, ils devinrent les tenaces clients du bar Achille, jusqu'au moment de la définitive fermeture de ce réjouissant assommoir. Ils dégustaient tous trois tous les short-drinks, tous les gin-wiskies, tous les gobblers et punchs de la maison; puis on se donnait rendez-vous au cirque de la rue Saint-Honoré;—après quoi, ils se rassemblaient encore, Lautrec, Foottit et Chocolat, pour regagner le bar délectable.