Lautrec notait rarement des croquis autour de la piste. Quelques tics de son ami Foottit, et c'était tout. Sa mémoire lui suffisait; elle collectionnait une copieuse moisson de gestes, de bonds et d'aspects plastiques.

Il était transporté par les pantomimes et les brefs scénarios que Foottit jouait avec Chocolat; et il déclarait, avec tant de vérité, que cela, c'était autrement intéressant que toutes les pièces de théâtre.

Lautrec a représenté Foottit comme un gros rat éveillé, gambadeur et rusé, en perpétuelle recherche de drôleries. Il l'a dessiné d'inoubliable façon; et, de Chocolat, il a fait un nègre hilarant, tenant du singe, un nègre singulièrement excité et folâtre.

Tous les dessins consacrés au Cirque purent bien être réalisés de mémoire, à Saint-James; Lautrec les avait tellement gravés dans le cerveau, tous les chevaux, tous les chiens, tous les personnages, petits ou grands, qui animent de joie une piste. Presque automatiquement, il a exécuté tous ces dessins-là; et, presque automatiquement, aussi, il a trouvé pour eux les mises en pages les plus définitives et les plus rares. Considérez attentivement tous ces dessins d'un «malade»; et vous serez surpris de leur expressive étrangeté et de leur parfaite variété. Il y a là quelque chose de solide et d'inexplicable qui peut dérouter singulièrement les psychiâtres. Cette sagesse, cette parfaite mise au point esthétique, cela, en effet, vous alarme, comme cela vous trouble aussi chez un Van Gogh,—et, en ce moment même, chez Maurice Utrillo. En confrontation des prouesses picturales de ces trois merveilleux artistes, «touchés» cérébralement, les œuvres des peintres dits raisonnables ne sont que sottises et écœurantes banalités! Le génie alors est-il donc, vraiment, en somme, l'apanage de ceux que les psychiâtres appellent, en leur barbare langage, des «dégénérés supérieurs?»


AU THÉÂTRE

Tout le cortège des acteurs et des actrices, tout le chariot de Thespis, défila aussi devant Lautrec.

Les pièces dites de théâtre l'ennuyaient lourdement; mais il s'intéressait aux physionomies et aux tics des acteurs et de leurs compagnes.

C'est surtout à propos de ses lithographies que nous aurons à citer les noms de tous ceux et de toutes celles qu'il dessina.