Les Courses, d'ailleurs! Les chevaux, les femmes!

Sous couleur d'amélioration de la race chevaline, ne donne-t-on pas, aux Courses, les plus exquis rendez-vous de femmes parées dans un décor de luxe, dans un infini boulingrin émaillé çà et là de somptueuses fleurs?

Et la vue n'en est-elle pas exquise, alors qu'elles sont toutes là, les filles, à la parade, dans la joie de vivre, assistant à une des fêtes du turf?

Oui, elles sont joyeuses, et leur joie resplendit dans leurs yeux, dans le joli mouvement de leurs bras enveloppeurs et de leurs grâces frêles; elles sont superbes aussi sous l'architecture fastueuse du chapeau, toutes jaillies en sveltes lignes de la gaine des jupes et de la sangle du corset. Le bouquet est verni, lustré, plus captivant que rien qui soit au monde, alors qu'il se déroule tant d'idées de bonheur, d'amour de soi-même, d'orgueil de plaire et de triomphe, sur ces visages de filles érigées toutes droites, ou assises sur des chaises, comme sur des socles.

Certes, ici, encore, un décor est tout fait. Cela se compose, tout de suite, ce fond de panaches à l'horizon, cette colline d'arbres et de villas, ces tribunes fleuries ayant un caractère de constructions exotiques, et ce tapis de la pelouse, large, immense, piqué de barrières et de betting-pots.

Et le décor est frais, attirant sous le ciel bleu et mauve des pleins jours d'été. Pour peindre cela, il faut le rendre en quelques points essentiels. C'est, en effet, tout d'une venue, quand on cherche seulement l'arabesque. Les chevaux eux-mêmes se prêtent merveilleusement à ces schémas. Ils sont tout en jambes et en encolures longues. Mais il y a des déformations de génie à inventer pour exprimer des attitudes vraies, pour peindre le pas rythmique ou le galop coulant et près de terre de ces chevaux, qui somnolent et se bercent, au contraire, quand ils sont sur les routes.

Et leurs cavaliers, faire comprendre les longs apprentissages, les labeurs de l'art équestre, c'est rude. Le visage, ici, n'est pas tout; les bras et les jambes et le torse et tout, tout cela a trop travaillé, a été trop violenté, a trop peiné pour qu'on n'étudie pas, à s'y abîmer de longues heures, le caractère des déformations fatales, dans un corps d'anglo-saxon, rompu déjà, pourtant, à toutes les périlleuses aventures des sports.

Et il y a encore autre chose. Car il faut trouver l'atmosphère morale de tous ces gens: mercantis heureux, hommes politiques et escarpes, bookmakers et propriétaires, filles et jockeys. Il faut peindre des âmes vigoureuses du lucre sur des visages rudes ou fragiles, des attitudes exactes de groupes; ne pas verser dans l'anecdote des courtauds de boutique aventurés ici ou des petites gens qui risquent de maigres enjeux.

Aussi bien le sport que tarifent des rentes sûres est de seul intérêt—et de charme certain. C'est, à l'entour de pavillons évoquant des villas de falaises normandes, que se rencontrent seulement le maquignonnage opulent des chevaux et des filles—et l'âpre convoitise des «matelas de billets» pour les entretenir, parallèlement, dans de superbes et quasi similaires écuries, à la litière chaude.

Tout cela, Lautrec le développa encore magnifiquement dans de trop rares œuvres consacrées aux Courses. Dans ses lithographies, notamment, il importe de signaler cette merveilleuse estampe: Jockey se rendant au poteau, qui est un hommage rendu à une des gloires de notre temps.