PHOTO DRUET

CLOWNESSE AU BAL

Ah! toutes ces rares lithographies! L'œuvre la plus décisive, la plus savoureuse de Lautrec; celle qui l'emporte sur l'œuvre du peintre, qu'on le veuille ou non; l'œuvre qui lui accordait toute sa liberté; l'œuvre où il pouvait débrider toute sa fantaisie, son goût extrême de la diversité et de la sensibilité la plus excessive et la plus divinatrice!

Sans doute, il existe de merveilleuses toiles de Lautrec; mais sa couleur, la couleur qu'il apportait, ah! comme je puis bien m'en passer, tant j'aime, tant j'admire, avant tout, son dessin, ce dessin prodigieusement vivant et d'une singularité si absolue, si souveraine, telle que l'on ne pourrait pas concevoir de faux tableaux possibles de Lautrec, si les faussaires ne s'adressaient pas à la profonde bêtise, à la crapuleuse ignorance des collectionneurs, amateurs de tableaux et bibliophiles.

Et, dans ses lithographies, il a su tout représenter: les comédiens et les comédiennes, les chanteuses de cafés-concerts et les cantatrices d'opéras, les danseuses et les diseuses, les chevaux et les jockeys, les chiens et les chats, les clowns et les clownesses, les programmes de théâtres et les menus, les filles et les patrons de bars, les procès Arton et Lebaudy—et jusqu'à un concours pour une affiche à Napoléon!

Pour tous ces sujets, il faut préférer encore et toujours les lithographies en noir. Pour les affiches vues de loin et à voir de loin, c'est assurément une autre manière de penser; mais, pour les lithographies qu'on a sous le nez, qu'on respire pour ainsi dire, choisissons le dessin seul, le trait noir, le frottis noir, rien de plus! Toute notre émotion est faite alors de cette nouvelle et haute «probité de l'Art,» dirait M. Ingres, de ce «frisson nouveau», dirait Hugo; et, pour bien des années, pour des siècles peut-être, le dessin de Lautrec restera dans un superbe isolement!

Pour terminer, notons, ici, que Lautrec se complut à graver quelques pointes-sèches, neuf exactement. Mais ce ne sont là que des choses secondaires. En voici le détail: Mon premier zinc; L'explorateur L.-J. Vicomte de Brettes; Charles Maurin (qui, en retour, gravera à l'eau-forte le portrait de Lautrec, celui-là même qui est publié au commencement de ce livre); Francis Jourdain; W. H. B. Sands, éditeur à Edimbourg; Henry Somm; Le lutteur Ville; Portrait de M. X...; Portrait de Tristan-Bernard.