Et, reconnaissante, la bonne «espèce» termine:

«J’aimais le maréchal de Biron non seulement parce qu’il m’envoyait sans cesse des figues, des abricots-pêches (les premiers qu’on ait eus à Paris) et des fleurs de son magnifique jardin, mais parce que je m’instruisais en l’écoutant.»

Le maréchal trépassa saintement dans son hôtel; et sa veuve, qui était revenue habiter dans son ancien hôtel de la rue Saint-Dominique, le quitta bientôt pour monter sur l’échafaud, avec sa nièce, la veuve de Lauzun, le 9 thermidor, an II.

Si nous nous en rapportons à M. F. d’Andigné, un historien très documenté, «l’hôtel de Biron serait alors resté, après la mort de la maréchale, sa tante, la propriété du duc de Charost, et, sur sa renonciation, il serait revenu à sa veuve. Ce que nous croyons pouvoir affirmer (ajoute M. F. d’Andigné), c’est que jamais il ne fut confisqué pendant la Révolution, son nom ne figurant pas sur les listes des biens saisis que nous avons consultées».

En 1797, l’hôtel fut loué à des entrepreneurs de fêtes publiques; et le jardin fut saccagé pour y installer des jeux, un bal, des concerts et des «promenades délicieuses» à l’usage des étonnants fantoches du Directoire.

Victor Fournel, dans son Vieux Paris (Tours, 1887), nous raconte, de son côté, que ce fut dans le jardin Biron que les deux frères Garnerin s’associèrent pour la première expérience de la descente en parachute, le 24 août 1797. «Elle ne réussit pas, ajoute-t-il. Le ballon, prêt à partir, se rompit de part en part, et le public, furieux, renouvela la scène honteuse du jardin du Luxembourg (infructueux essai d’ascension en montgolfière de l’abbé Miolan, de Janinet, du marquis d’Arlandes et du mécanicien Bredin); le public escalada les barrières, mit en pièces les débris de l’aérostat, et les deux frères durent se soustraire en toute hâte à son courroux par la fuite. Un des spectateurs poussa même le ressentiment jusqu’à les traduire devant les tribunaux en les accusant d’escroquerie.»

En 1800, le 27 octobre, un des héritiers du maréchal, le duc de Béthune-Charost, vint mourir dans l’hôtel de la rue de Varenne, à l’âge de soixante-douze ans.

La situation de l’hôtel restait tentante, même aux âmes ecclésiastiques; aussi, sans se soucier des larves de désordres laissées là par les foules du Directoire, le cardinal Caprara, légat a latere du pape, vint s’installer dans l’hôtel Biron, en l’année 1806.

Il avait quitté avec un plaisir extrême son hôtel Montmorin, sis rue Plumet, aujourd’hui rue Oudinot; et, pendant deux années complètes, le légat sut, dans ses nouveaux salons et dans le jardin ravivé des plus jolies fleurs, y bercer ses nonchalantes prières.

En l’année 1811, un autre arrivant loua l’hôtel pour la somme de 25.000 francs par an. C’était le prince Kourakin, ambassadeur de Russie en France, qui, en l’année 1812, au moment de la campagne de Russie, reprit la route du Nord.