A MEUDON. UN COIN
DU HALL-MUSÉE
Voici pêle-mêle de l’eau, du ciel et des formes de pierres, de coupoles, de dômes et de tours!
Des yeux ardemment contemplatifs se posent sur le Tibre, sur Saint-Paul hors les murs, et, en avant du mur d’enceinte, sur le mont Testaccio, la pyramide de Cestius et la porte Saint-Paul. Puis, ces yeux considèrent l’Aventin, où s’élèvent les églises Sainte-Marie-Aventine, Saint-Alexis, Sainte-Sabine et Saint-Anselme. Puis s’érigent des monts, des villas et encore des églises, avec, dans le lointain, les Abruzzes. Voici le Palatin, puis le Colisée, les trois arcades de la basilique de Constantin, le Capitole avec le palais Caffarelli et l’église d’Aracœli. Majestueux, les deux dômes et la tour de Sainte-Marie-Majeure s’imposent maintenant, puis, le palais royal du Quirinal, la colonne Trajane et l’église du Gesu, avec son dôme, qui surgissent de ce chaos tantôt comme voilé, tantôt comme poudré de lumière. Sur le Pincio, les yeux ardemment contemplatifs découvrent la villa Médicis, si hostile, et, là-bas, non loin du Tibre, le palais Farnèse qui n’est pas plus hospitalier. Et les yeux regardent encore des croupes de monts, et le château Saint-Ange, et Saint-Jean-des-Florentins, et le mont Mario, et la villa Mellini, jusqu’au moment où ils arrêtent leur méditation extasiée sur le dôme de Saint-Pierre!
Que de souvenirs! Que de fois Rodin est venu là, en songeant à une installation possible dans Rome; de longues années de travail en paix, en ignorant tout si aisément du monde, puisque les dieux: Titien, Michel-Ange, les Antiques seraient là, toujours, à ses côtés!... Il eût pu être, lui aussi, directeur de l’Académie de France à Rome, sans la pesante hostilité de son génie! Il eût exécuté, alors, sans doute, cette statue équestre qu’on ne lui demanda jamais, et qui fut un de ses rêves tenaces!... Mais aussi il le sentait, Paris et la France ne se peuvent oublier ainsi.
La France! tout son charme, toute sa puissance, toute sa beauté! Rodin ne vient-il pas de célébrer tout cela dans son livre consacré aux églises françaises.
Ce livre qu’il a conçu avec la plus durable joie, avec un culte enthousiaste, nous n’ignorons pas qu’il fut longtemps en préparation, qu’il fut amené à terme, après avoir été choyé et caressé pendant de lentes rêveries. Et, sans souci de sa fatigue, de ses lourdes années glorieuses, nous avons vu Rodin toujours prêt à partir à l’improviste pour visiter une église ou revoir quelque détail encore imprécis dans sa mémoire. Il a été, lui, le véritable pèlerin, l’auguste visiteur tout chargé d’admiration et de reconnaissance. Ah! historiens, commentateurs, découvreurs de bribes, coupeurs en quatre de graines architecturales, vous n’avez jamais retrouvé «l’âme errante» des cathédrales! A Rodin qui l’a tant aimée, c’est seulement à lui qu’elle s’est donnée. Aussi, quel que soit votre sort de demain, majestueuses nefs, superbes fleurs d’oraisons, et votre destinée à vous, chères églises dolentes, penchées si bas vers la terre, pauvres vieilles que ne soutiennent plus les prières, vous vivrez toujours dans le livre de cet homme, qui vous aima plus—et mieux que nous tous,—et qui vous chanta avec des épithètes et des mots de brûlant amour!
Des chambres d’auberge, d’hôtel humble, le recevaient au cours de ses voyages; c’est là qu’il oubliait sa richesse, les vanités de la gloire, pour vous chérir mieux, plus près de votre cœur, douces églises de Chartres, d’Amiens, de Reims, de Champeaux, de Limay, d’Etampes, de Beaugency, de Noyon, d’Ussé, de Loudun, de Montrésor, de Vétheuil, d’Ancy-le-Franc et de Quimperlé! Celles-ci et beaucoup d’autres encore; toutes les pastoures du pays de France.
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