Combien de fois, en me retrouvant dans ce décor, j’ai songé à vous, chères sœurs de Miséricorde! Je vous revoyais éparses parmi les verdures, allant vers votre chapelle ou éduquant les filles de la noblesse de France, sombrées aujourd’hui dans la bauge des affaires ou dans le purin des vols!
Vous, si vous les avez cru heureuses, ces sœurs du Sacré-Cœur, lisez ce récit de M. F. d’Andigné:
«Le 28 juillet 1830, le canon se fit entendre et aussitôt les parents accoururent chercher leurs enfants; mais il restait encore quelques pensionnaires.
«Mme Barat, alors âgée de cinquante et un ans, et malade, prévenue de ce qui se passait dans Paris, laissa la direction des élèves à des surveillantes choisies et, sur les instances de ses collaboratrices, quitta Paris momentanément. Elle se laissa conduire à Conflans, maison de campagne des archevêques de Paris, où Mgr de Quélen mit à sa disposition une maison inoccupée depuis plus de vingt ans, située dans sa propriété, entre le parc du petit séminaire et son château.
«Le 29 juillet, trois cents jeunes gens, élèves de l’école d’Alfort, vinrent faire une manifestation devant le séminaire, menaçant d’y mettre le feu.
«Effrayées, Mme Barat, Mme de Gramont d’Aster, Mme de Constantin et sœur Rosalie, professe coadjutrice, adjointe à Mme Barat, durent quitter leur asile et chercher un refuge ailleurs.
«Après avoir vainement frappé à plusieurs portes à Charenton et subi des refus, quelquefois accompagnés de paroles désagréables, elles finirent par trouver une brave femme, qui voulut bien les accueillir et mettre le premier étage de sa maison à leur disposition. Elles étaient sauvées.
«Le 31 juillet, un jardinier, envoyé de l’hôtel Biron, venait leur apporter des nouvelles de Paris. On s’était battu dans le voisinage des jardins du couvent, dont les murs avaient été un instant escaladés par une vingtaine d’insurgés. La caserne des Suisses de la rue de Babylone avait dû livrer un combat suprême, mais tout était terminé; la route était libre.
«Mme Barat parvint à se procurer une mauvaise voiture de louage à Charenton, et, accompagnée de ses compagnes, elle se mit en route pour revenir rue de Varenne.
«Arrivées à la barrière, un ivrogne familier sauta sans façon sur le siège de la voiture, où il s’installa près du cocher et de la sœur Rosalie en criant à tue-tête: «Vive la charte!» Ce fut ce qui les sauva. On atteignit ainsi le boulevard des Invalides et on put pénétrer dans le couvent, où rien n’était changé, et reprendre la vie régulière de chaque jour, un instant suspendue par les événements politiques.