C’était, indubitablement, un sérieux appoint pour le fameux milliard!
Nous nous souvenons, nous, de ces aimables emménagements opérés à coups de gueule, avec des vociférations, avec des tombereaux d’insultes. Une marmaille geignait, des chiens hurlaient; à celle-là et à ceux-ci, pour se distraire, on leur caressait les reins.
HOTEL BIRON.
FAÇADE SUR
LE JARDIN
C’est cela qui est pour nous gravé, quand nous nous reportons à ce bien louable moment. Jamais l’époque ne retrouvera un plus complet épanouissement! Ce fut, vraiment, une apothéose du «peuple souverain», un unique gala d’ivrognes! Les beaux temps de la Révolution revivaient par ces mégères qui s’invectivaient, par ces galope-chopines qui hoquetaient en poussant des charrettes. Pendant ces heures-là, le liquidateur, égayé, souriait.
Il ne loua que plus tard l’hôtel même, que protégeait alors une grille. C’était le «morceau» royal.
A ce moment, une autre horde se précipita. Tout ce que Paris recelait d’Autrichiens, de Turcs et d’Allemands s’abattit en trombe dans les chambres, heureusement dépouillées de tous ornements, de l’hôtel Biron.
Tout fut pris d’assaut, excepté la rotonde du rez-de-chaussée et la chapelle.
La douce France vécut alors d’enviables heures. Ces nouveaux hôtes, déclarés peintres ou sculpteurs, en réalité espions, travaillèrent avec un soin extrême pour le roi de Prusse. Ils s’efforcèrent bien de donner le change; ils exposèrent certes leurs basses-œuvres; et ils offrirent des «thés artistiques» à des Parlementaires et à des Français de cercles; mais, le plus clair de leur temps, ils le passaient dans leurs ambassades respectives; et, au sortir de ces profitables entretiens, ils pétaradaient, les bons sires; ils multipliaient les questions et les enquêtes; ils devenaient féroces dès qu’ils avaient avalé le mot d’ordre de leur empereur!