M. le président.—La parole est à M. de Monzie.
M. de Monzie.—Messieurs, je serai bref, parce que je ne veux pas, en allongeant ce débat, prolonger ce qui au regard de beaucoup aura demain figure de scandale.
Notre collègue M. Jules-Louis Breton me permettra de lui dire que son intervention et son opposition sont pour le moins inattendues. Il est, en effet, singulier que dans le moment présent la Chambre soit invitée à refuser à celui qui est incontestablement le sculpteur le plus illustre de ce temps ce qui doit être incontestablement aussi son avant-dernière demeure. Il est encore plus singulier que cette invitation nous soit faite par un orateur d’extrême-gauche qui, semble-t-il, devrait unir aux hardiesses de la pensée les hardiesses du goût. Sans doute, notre collègue M. Breton est président de la commission du règlement...
M. Jules-louis Breton.—Cela n’a rien à voir en la circonstance.
M. Ferdinand Bougère.—Il est également président de la Commission de l’assistance sociale.
M. de Monzie.—...Et peut-être en cette qualité a-t-il une préférence trop marquée pour l’art réglementaire, pour les artistes officiels, pour ceux qui ne sortent ni de la formule ni de l’ornière. Peut-être aussi se rappelle-t-il que sous la monarchie de Juillet les libéraux se flattaient d’être classiques et les ennemis du romantisme: comme eux, M. Breton se plaît à contredire ses opinions politiques par ses opinions artistiques; c’est son affaire. La nôtre est simplement d’apprécier le mérite d’une transaction qui nous est proposée par le Gouvernement. Je demande à la Chambre la permission de rappeler sur quoi elle discute. Il ne s’agit pas de faire à M. Rodin une donation, il s’agit d’en recevoir une. (Très bien! très bien!)
M. Jules Delahaye.—Vous donnez plus que vous ne recevez.
M. de Monzie.—Il s’agit d’accepter une donation dont il est impossible à l’heure actuelle de mesurer l’importance en millions et d’affecter pour recevoir les trésors qui en font l’objet un immeuble charmant, certes, mais qui, jusqu’ici, a été constamment inutilisé au dire même de notre excellent collègue et ami, M. Léon Bérard.
Je comprends mieux la résistance de notre collègue, M. Jules Delahaye, encore qu’il n’ait insisté sur les motifs vrais et respectables de cette résistance. L’affectation de l’hôtel Biron lui paraît être un sacrilège parce que de 1820 à 1904 la communauté du Sacré-Cœur occupa ces lieux qui, désormais, seraient consacrés à la gloire d’un artiste profane, d’un sculpteur amoureux de la chair, de la ligne et du mouvement. Je rappellerai à M. Delahaye que la congrégation du Sacré-Cœur n’a pas été la seule propriétaire de l’hôtel Biron. (Interruptions à droite.)
M. le président.—Ne rompez pas la ligne.