M. le président.—Je supplie encore une fois quelques interrupteurs de ne pas donner au pays ce spectacle. S’ils continuent à interrompre, je suspendrai la séance et ils en auront la responsabilité. (Très bien! très bien!)
M. Jules Delahaye.—Voici, messieurs, des lignes qui n’ont rien de politique, et qui expriment un avis que bien d’autres avant M. Urbain Gohier ont exprimé:
«Nous pouvons vendre le trop-plein de nos musées, parce que nos musées sont réellement trop pleins. Ce ne sont plus des musées, mais des capharnaüms. Aucun morceau n’est en valeur. Que de travail et que d’argent pour aboutir au ridicule! On achète sans trêve pour consommer les crédits budgétaires, comme on rôtit les pauvres bureaucrates pour consommer la provision de bois. On emmagasine sans discernement les legs hétéroclites de tous les Chauchard qui veulent mériter post mortem les honneurs nationaux décernés à leur argent. Il en résulte un extraordinaire bric-à-brac, devant lequel l’étudiant artiste reste affolé et l’amateur dégoûté.
«Liquidons, éclaircissons: faisons un choix, faisons de la place pour demain.
«Les Américains payeront ce qu’on voudra les œuvres qui auront été authentifiées pour un séjour au Louvre ou au Luxembourg. Ils seront sûrs—enfin!—de n’être pas volés. Et le flot toujours montant de la peinture aura bientôt comblé les vides.»
M. André Lebey.—Cela n’a aucun rapport avec le projet de loi en discussion!
M. Jules Delahaye.—Le rapport est évident, au contraire, puisque je vous démontre par une citation d’un de vos plus grands journaux qu’au moment où l’on vous demande de créer un nouveau musée, la voix publique vous dit: Il y en a déjà trop et les musées que vous avez sont trop pleins. Il faut les liquider, les vider, et non les remplir, les multiplier.
Messieurs, avant la guerre, M. le ministre des Finances qui, pourtant, a signé le projet que nous discutons, nous disait sagement: «Plus la moindre dépense de luxe! nous n’en avons plus les moyens. Depuis la guerre, nous avons prodigué les dizaines et les dizaines de milliards pour la Défense nationale.»
Le Gouvernement a dû interdire toutes les importations de luxe. Et pourtant, c’est encore une dépense de luxe que vous allez voter sans même consentir à la contrôler, à ne pas vous exposer à son aggravation. Vous affrontez le sentiment public. L’hôtel Biron vous embarrasse? Offrez-le aux plus glorieux sauveurs de la France, à ses plus glorieux mutilés, plutôt que d’y mettre l’atelier et le musée de l’opulent M. Rodin.
Et je vous assure qu’au lieu de vous siffler, la France vous applaudira. (Applaudissements à droite.)