M. Jules-Louis Breton.—C’est ce que l’on nous propose qui est de nature à discréditer la France.

M. de Monzie.—Ce n’est pas la première fois que s’institue, dans une assemblée élue, un débat sur Auguste Rodin. Permettez-moi de rappeler que vous avez, dans cet ordre d’idées tout au moins, un devancier: l’honorable M. Lampué, conseiller municipal de Paris. Rodin, qui a conquis le suffrage d’Anatole France, de Gustave Geoffroy, d’Octave Mirbeau et de tant d’autres, énumérés dans la pétition des artistes dont a parlé M. le rapporteur, n’a pas eu le suffrage de M. Lampué.

M. Jules-Louis Breton.—Ni celui de quelques autres!

M. de Monzie.—En dépit de la clairvoyance courageuse de notre collègue, Paul Escudier, M. Lampué a jadis triomphé des admirateurs d’Auguste Rodin. Résultat! A la place d’une œuvre admirable qui figurerait aujourd’hui sur une des places de Paris, pour le châtiment des Béotiens, on a eu la statue de Balzac par Falguière. (Mouvements divers.)

D’après cette aventure on peut juger de ce qu’il y a de fâcheux dans les discussions de cette sorte.

Tout à l’heure l’honorable M. Breton disait: «Nous n’avons pas à nous instituer juges d’art.»

M. Jules-Louis Breton.—C’est ce que vous faites. Avoir institué ce débat en pleine guerre, c’est inadmissible. (Interruption.) Pourquoi voulez-vous que nos idées artistiques plient devant les vôtres? Ce n’est vraiment pas le moment de soulever un pareil débat.

M. de Monzie.—Quand un artiste, au lieu de capitaliser son effort et sa gloire, veut offrir, en réunissant dans un même lieu celles de ses œuvres qu’il considère comme les meilleures, il est invraisemblable qu’il se dresse dans cette Chambre, quel que soit le sentiment artistique de ses membres, une opposition quelconque, bien mal motivée.

Pour justifier cette opposition, vous soutenez que le projet de loi dont nous discutons est intempestif et prématuré, prématuré après six ans de préparation administrative. Car, si je ne me trompe, depuis 1910, on discute pour établir les conditions de cette donation. Depuis six ans, M. Dujardin-Beaumetz, M. Léon Bérard, M. Painlevé, M. Dalimier ont négocié pour que cette donation ne comportât aucune espèce de charges.

En vérité, si c’est la récompense qu’une Chambre française accorde aux donateurs, vous en trouverez peu qui voudront priver leurs héritiers ou leurs amis du profit de leur travail et par surcroît s’offrir en pâture à des discussions comme celle d’aujourd’hui qui ne peuvent que décourager toutes les générosités. (Applaudissements.)