Nous serions fondés à demander que des cloisons moins étanches, puisqu’on a parlé d’union, existent entre les diverses Administrations, et que les futurs directeurs de musées pensent un peu plus, pendant la guerre, à l’intérêt général et un peu moins à celui de leur musée particulier.

Et cependant, à quelque pas de l’hôtel Biron, un de nos collègues n’avait pas craint, lui, de donner l’exemple d’ouvrir son propre hôtel et de l’affecter à des services d’ambulances; et, non content d’avoir ainsi donné de son confort et de ses biens, il a donné sa vie. J’ai nommé notre regretté collègue, le duc de Rohan. (Applaudissements.)

Est-ce que son exemple ne s’imposait pas à suivre? Peut-être, me dira-t-on, qu’il n’était que duc et de Rohan: M. Rodin est un prince de l’art, je ne lui conteste pas ce titre...

M. Dalimier, sous-secrétaire d’Etat des Beaux-Arts.—Le duc de Rohan a signé le projet en faveur du musée Rodin.

M. Lefas.—...Et l’Administration des Beaux-Arts est reine irresponsable en matière de dépenses. Ainsi, après nous avoir fait dépenser inutilement pendant la guerre, faute d’avoir affecté ses immeubles vacants aux services de la Guerre, elle vous redemandera demain des millions pour l’aménagement des musées en question. Je les eusse votés volontiers, demain, si on nous avait permis de les économiser aujourd’hui. Comme on ne l’a pas fait, je ne voterai pas le projet. Notre bulletin de vote est le seul moyen que nous ayons de protester contre ces agissements, au nom des contribuables. Nous serions responsables nous-mêmes si nous ne nous en servions pas. (Applaudissements sur divers bancs.)

M. le président.—La parole est à M. le sous-secrétaire d’État des Beaux-Arts.

M. Dalimier, sous-secrétaire d’Etat des Beaux-Arts.—Je ne peux pas laisser sans réponse l’allégation inexacte de M. Lefas. Il affirme que l’Administration des Beaux-Arts s’est refusée à mettre des locaux à la disposition des services de la Guerre.

L’hôtel Biron, que l’on a cité d’abord, est, vous ne l’ignorez pas, loué à M. Rodin; le ministère de la Guerre ne pouvait donc l’avoir que par voie de réquisition, et il n’était pas en mon pouvoir de le mettre à sa disposition.

M. Lefas.—C’est donc M. Rodin qui n’a pas compris ce qu’il devait faire.

M. Dalimier, sous-secrétaire d’État des Beaux-Arts.—Quant au séminaire de Saint-Sulpice, vous devriez savoir que j’ai fait évacuer l’une après l’autre toutes les pièces occupées par mes services, pour les mettre à la disposition du Secours de guerre. J’en ai fait retirer les décors de l’Odéon et des tableaux et statues appartenant au musée du Luxembourg, pour y installer des réfugiés et orphelins des régions envahies. (Très bien! très bien!)