«Puis les bras et l’écharpe passent rapidement, éperdument devant son cœur.
«Les gestes rapides ravissent par leurs redites perpétuelles, incessantes.
«Les gestes en se répétant font des flammes.
RODIN A MEUDON
Avant le séjour à Meudon, ce qui amena Rodin à la campagne, à Sèvres, précisément, ce fut le souci de gagner un bon état physique.
Il s’était surmené, en effet, dans tous ses ateliers successifs, depuis le premier, si inconfortable qu’il en garde toujours le rude souvenir. C’est lui qui raconte:
«Mes ressources ne me permettant pas de trouver mieux, je louai près des Gobelins, rue Lebrun, pour 120 francs par an, une écurie, qui me parut suffisamment éclairée, et où j’avais le recul nécessaire pour comparer la nature avec ma terre, ce qui a toujours été pour moi un principe essentiel dont je ne me suis jamais départi.
«L’air y filtrait de toutes parts, par les fenêtres mal closes, par la porte dont le bois avait joué; les ardoises de la toiture, usées par la vétusté ou dérangées par le vent, y établissaient un courant d’air permanent. Il y faisait un froid glacial; un puits creusé dans l’un des angles du mur, et dont l’eau était proche de la margelle, y entretenait en toutes saisons une humidité pénétrante.»
C’est là que Rodin modela la Jeunesse, le travail d’une année, une superbe figure d’ensemble qui gela, et fut perdue, Rodin n’ayant pas plus d’argent pour la mouler que pour entretenir du feu. «Je n’ai jamais rien fait de mieux que cette Jeunesse!» nous a-t-il dit maintes fois.