Des jardinets, des champs, des arbres; on traverse un pont; et voici, là-bas, la demeure de Rodin. Elle a un bel air, certes! presque d’un petit palais de Fontainebleau, peut-on dire, si l’on regarde d’ensemble la descente vers le creux de la vallée de tous les bâtiments que Rodin a édifiés.

L’entrée sur la route est une entrée de château avec sa barrière blanche qui s’ouvre, large; et voici l’allée, bordée d’iris et voûtée de marronniers. Partout des pierres, des blocs de pierre; au moins, on est, tout de suite, semble-t-il, chez un tailleur de pierre; et l’on passe devant un premier atelier de praticien, et voici la barrière du pavillon.

On entre; car, sortis de leurs niches, deux gros chiens velus n’intimident pas. Ils savent pourquoi l’on vient chez leur maître: pour l’admirer; alors, comme deux bons serviteurs avisés, ils se contentent de pousser, au coup de sonnette, des petits grognements, vite apaisés, un salut de bienvenue.

Assurément,—si on ne les doit voir qu’une fois,—il faut considérer le pavillon et ses annexes, le jardin et ses antiques, dans la plénitude du printemps, alors que tout est en fleurs, et si adorable ici que cette demeure est enchantée.

Mais, avant de vous y attarder, descendez tout au bout du jardin, et regardez devant vous, à gauche et à droite, pour vous rendre compte de la pleine atmosphère de bonheur dans laquelle plonge la villa des Brillants.

En face, sous un ciel de Paradis, voici la Seine, et, là-bas, le vieux pont de Sèvres. Tout autour, les collines montent, boisées, et hérissées des maisons aux toits rouges; c’est Meudon; c’est Sèvres; c’est Garches; c’est là-bas, moderne Acropole, le Mont-Valérien, doré dans la brume de joie. Quelle magnificence! Dans le pli de la vallée, voici le train qui passe, et, sur la gauche, un viaduc enjambe qui porte des fumées dans les touffes tendres des arbres. On songe obstinément à Renoir, à ce moment de l’année. On revoit ses arbres frêles, un peu cotonneux, un peu ivres de tout le désordre de leurs couleurs toutes retrouvées. C’est la même confusion tendre et étourdie et il vient tant de chaleur de ce paysage que l’on ressent nettement l’engourdissement de la terre, gonflée et pâmée.

A MEUDON.
ENTRÉE DU
HALL-MUSÉE

A droite, près du château d’Issy-les-Moulineaux, qui revit, chez Rodin, par sa façade redressée, par ses colonnes, par sa grille de fer forgé, par ses marches de temple découpé sur l’azur; à droite, des cheminées vomissent de lourdes fumées, usines d’Issy et choses amères de la vie. Après les coteaux sacrés et parfumés de la Grèce, l’enfer des chocs et des douleurs. La tour Eiffel que l’on aperçoit est-elle un phare ou une borne?