Quand, pour cette destination, vous avez pris le train électrique à la gare des Invalides, laissez-vous conduire sans inquiétude, le train ne vous emmènera pas plus loin qu’il ne faut, après vous avoir promené à travers les gadoues, les usines et les carrières de la banlieue. Vous aurez eu tout le temps de songer à la visite que vous projetez,—en vous disant, sans doute, qu’après tout Rodin ne peut qu’être sensible à la peine que vous avez prise d’un déplacement.

De la route que suit le train,—quelques minutes avant la station Val-Fleury, vous apercevez déjà la villa des Brillants, signalée par la façade reconstituée de l’ancien château d’Issy,—et signalée surtout par la hideuse et vaste réclame en planches qu’un mercanti de l’apéritif a osé installer précisément devant cette villa déjà, nous pouvons l’affirmer, historique.

A la gare, tout le monde vous indiquera la maison de «M. Rodin». Nul n’est plus populaire que lui à Meudon-Val-Fleury. C’est que, depuis bien des années, on voit, quotidiennement, devant la station, au départ et à l’arrivée, sa voiture.

Ne demandez pas votre chemin, c’est inutile; tournez à gauche, et montez droit devant vous.

Vous êtes en pleine banlieue parisienne, toutefois pas une banlieue triste. Raffaëlli, depuis longtemps évadé des sites qui constituent sa gloire, ne les retrouverait pas ici. C’est une banlieue qui veut vivre, qui vit,—et qui vit même trop bien!

Car déjà les humoristes y affluent. Certes, cela a du bon! Je comprends fort bien qu’un roquentin, ex-gaudissart ou ex-rond-de-cuir, ahuri par les hebdomadaires facéties d’un journal à gros tirage, se livre—en tant que possesseur d’un terrain—à d’ingénieuses et abracadabrantes fantaisies! Je comprends fort bien qu’il édifie quelque chose d’extravagant et d’hurluberlu; et que cette chose soit ensuite parée des plus cocasses chimères, dragons et autres turqueries! Mais,—quoique l’intérêt d’une telle bâtisse ne soit pas niable!—cela pousse peut-être trop à se divertir dans un site bocager, à peine sorti de rusticité, comme celui qu’offre au regard la campagne de Meudon-Val-Fleury.

Et une maison de rapport, voisine de la villa des dragons, chimères et autres turqueries, aggrave ce malentendu. Car, vraiment, que vient-elle faire ici, celle-là? A la campagne, dans tant de terrain perdu, pourquoi ces cellules parisiennes, qu’on appelle avec emphase appartements? Pourquoi ce salmigondis de locataires, alors qu’une petite maison s’impose à chacun d’eux? Il est vrai que nulle espèce d’animal ne se met en tas comme les Parisiens; expliquons-nous donc ainsi la haute maison de rapport qui est non loin de la gare, comme pour encourager à la location!

Après cela, c’est la campagne qui commence. Sans doute, il y a encore des villas; mais elles sont modestes, tapissées de lierre, avec des contrevents peints en vert,—ce vert aigre qui réjouit les peintres qui entendent mal Cézanne.

Et elles sont si cocasses, cubiques, avec un amas de petites choses ridicules: minuscule bow-window, étroite terrasse, niche à chien et boîte aux lettres, par quoi se satisfait tout individu qui pleure avec Virgile sur les «faux plaisirs» des citadins.

Marchons encore, et voici quelques guinguettes, où l’on déjeune le dimanche, où l’on déjeune mal, malgré des titres alléchants, qui s’annoncent au commencement du sentier: tel ce Restaurant Damour, sur une pancarte.