A MEUDON.—LA
VILLA DES BRILLANTS
(A gauche on aperçoit le
toit du Hall-Musée)

«J’ai souffert pour ma sculpture. Si je n’avais pas été un entêté, je n’aurais pas fait ce que j’ai fait. Les artistes ont toujours un côté féminin. Carrier-Belleuse avait quelque chose du beau sang du XVIIIe siècle; il y avait du Clodion en lui; ses esquisses étaient admirables; à l’exécution, cela se refroidissait; mais l’artiste avait une grande valeur réelle.»

«J’ai souffert pour ma sculpture!» Oui, ce mot est exact, dit par Rodin. Il nous a raconté, maintes fois, dans quel état de dépression il était arrivé à Sèvres, ayant certainement produit déjà une œuvre qui eût illustré un autre sculpteur; et l’exemple de l’indifférence et même du mépris fastueusement accordés naguère à ses maîtres Carpeaux et Barye, n’était pas pour l’encourager à la bataille. Mais sa ténacité à lui aussi était déjà obstinée, volontaire, farouche. Il se souciait bien de ce qu’on lui réservait. Il travaillait; et cela c’était tout.

D’ailleurs, il n’avait vu que du travail autour de lui. Carpeaux, méprisé par l’impératrice Eugénie, qu’éduquait le «souteneur» surintendant des Beaux-Arts, de Nieuverkerke, Carpeaux rencontrait tout de même dans l’empereur un aimable tyran qui lui commandait, entre autres travaux, la décoration de l’une des faces du Pavillon de Flore. Mais, par contre, Barye, et «c’est une honte!» nous jeta souvent Rodin; Barye, lui, ne connut durant toute sa vie que la plus tenace injustice; et quel souvenir Rodin garde de ce maître, qui avait l’air, avec sa redingote fanée, usée, d’un misérable maître d’études!

Certes, à présent, Rodin est riche, chargé de la plus lourde renommée que l’on puisse accorder à un homme; mais si l’on savait ce que tout cela, richesse, honneurs, compte peu pour lui, dès qu’il peut se jeter sur son travail!

Il y a longtemps qu’il nourrit en lui le goût de la création. Et comme il l’a développé à Meudon!... Un jour, au hasard d’une promenade, il découvre une sorte de pavillon Louis XIII, pierre et briques, perché et redressant son toit. On renseigne Rodin: cette propriété de Mme Delphine de Cols, une artiste peintre, est à vendre. Cette femme s’inquiète de l’isolement du pavillon et des maraudeurs qui passent par là au moment de la belle saison.

Voilà Rodin décidé. Il achète le pavillon;—et il s’y installe. C’est la villa des Brillants, sise avenue Paul-Bert, à Meudon-Val-Fleury.

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