Tout à coup je me réveille… je sens l'impression d'une main qui glisse doucement sur mon front; j'entr'ouvre les yeux… Que vois- je! ô mon Dieu! Marie! Marie agenouillée près de moi, et levant au ciel ses mains suppliantes.
Oh! jamais tant de sentiments divers ne se pressèrent à la fois dans le fond de mon coeur!
Si rien n'est plus triste que le réveil quand il dissipe le fantôme d'un rêve charmant, quoi de plus doux qu'un songe d'amour et de volupté, qui par une touchante erreur, attendrit notre âme, et la prépare aux impressions d'une délicieuse réalité? Ce bonheur, dont le sommeil ne m'avait offert que la chimère, j'en jouissais maintenant, et j'y mêlais tous les prestiges de l'illusion qui n'était plus.
D'abord je fus muet en présence de celle qui était toute ma vie, car je ne savais pas si quelque vision n'abusait pas mes sens. Je croyais m'être réveillé; mais n'était-ce pas plutôt le commencement d'un songe?
— Ô mon Dieu! me dit-elle, Ludovic! fuyons ces lieux: bientôt la nuit sera venue, un froid mortel va succéder à la brûlante chaleur du jour.
— Marie! m'écriai-je alors, es-tu l'ange de mes jours, le bon génie de ma destinée? ou viens-tu, sylphide décevante, tromper mes sens, et te jouer de mon infortune?
— Je n'ai jamais trompé, répondit la vierge avec une émotion pleine de charme; je suis une fille au coeur simple et droit; je vous ai vu, Ludovic, partir pour la forêt, et, comme vous n'étiez point revenu au déclin du jour, j'ai craint pour votre vie… J'ai prévu que vous étiez égaré, et j'ai frémi à la pensée du péril qui vous menaçait…
— Ô ma bien-aimée! quel généreux dévouement!… mais ces dangers tu vas les partager avec moi!
— Ne craignez rien, me répondit-elle; je sais tous les détours de la forêt: ici, pas une mousse que je n'aie foulée aux pieds, pas un arbre dont je ne connaisse les ombres du matin et du soir! Les femmes de Baltimore se montrent à l'envi sur les places publiques; moi, je chéris ces retraites solitaires, ou du moins…
Elle s'arrêta pensive un instant… — Hâtons-nous, ajouta-t-elle. Et en prononçant ces mois, elle se mit en marche, et m'entraîna sur ses pas. J'avais saisi sa main; mes larmes coulaient en abondance; j'éprouvais mille sentiments que je ne pouvais exprimer. Je lui dis cependant: